Genève. 10 Janvier. Sont présents, Michel Dieleman, Président de l’AFTM, Ptisem Djeghbal, Représentante de la STM et Thibault Barat, Délégué Général de l’AFTM en France et en Suisse. Siège de l’Association Internationale du Transport Aérien, plus communément appelée IATA. Proximité immédiate de l’aéroport de Genève-Cointrin. Nous sommes invités pour 10 heures du matin. Reconnaissons que lors de la prise de contact, nous fûmes quelque peu surpris du créneau horaire qui nous était réservé. La réception de l’email de confirmation, avec l’agenda de la journée, résuma l’importance accordée à cette rencontre, mutuellement partagée par les deux associations. Concrètement :
10.00 > Welcome
10.15> Economic Perspectives on 2018
10.45 > Update on NDC incllatest rollouts) IATA to share latest (number of airlines, TMCs, GDSs announcements)
11.30> Workflow and Distribution Models Discussion: TMC, OBT, GDS
12.15> Break
13.00> Payment flow
13.30> Key Blockers to adoption for discussion
15.00> Wrap up & close.

 

En matière institutionnelle, il n’est pas fréquent de se voir ainsi considéré. Aussi, que nos lecteurs soient les témoins de notre sincère gratitude envers IATA.

Nous n’étions pas venus les « mains vides » non plus. Considérant que les entreprises ou entités du secteur public, plus spécifiquement leurs voyageurs, sont à l’évidence les clients finaux, quelques adhérents et partenaires nous avaient chargé de relayer certaines de leurs interrogations :

– l’évolution du modèle et l’avenir incertain à plus long terme du BSP. Pour les non-initiés, il s’agit du Billing and Settlement Plan, concrètement, le service proposé par IATA qui vise à organiser et réguler les paiements et les facturations entre les fournisseurs agréés par l’association internationale,

– la mise en place d’un fond de garantie des compagnies aériennes afin de préserver les distributeurs d’éventuelles pertes lors de la faillite d’une compagnie.

Le sujet NDC (New Distribution Capability) fut évidemment au cœur de cette journée d’échanges et d’information. Dire que les questionnements de nos adhérents sur la nouvelle norme de distribution sont nombreux est un doux euphémisme ! Ils ont en revanche compris que l’industrie des déplacements professionnels dans son ensemble, était à l’aube d’une (r)évolution majeure. L’achat, la réservation et la distribution des déplacements aériens vont subir un sérieux « lifting », tant sur le forme que sur le fond. Dire que c’est nouveau, cela serait mensonger et erroné. Accordons du crédit au PDG d’Air France, Jean-Marc Janaillac, PDG d’Air France, lors du congrès des Entreprises du Voyage (ex-SNAV) en fin d’année dernière, qui invitait les représentants des agences de voyages ou de certains fournisseurs de solutions techno à « se réveiller » et à prendre conscience que cela faisait plus de 4 ans « qu’on en parlait » (de la NDC bien sûr).

Alors pourquoi la plupart des acteurs de notre industrie ne s’en préoccupent-ils que maintenant ? La réponse fait corps aux différentes alertes ou décisions portées ou prises par les compagnies européennes ces derniers mois et plus récemment par Air France KLM et à la fâcheuse propension maintes fois constatée : attendre d’être directement impacté avant de mettre en œuvre les mesures qui s’imposent ce qui, dans le cas présent, conduit à des demandes de report, voire d’annulation des surcharges par les prestataires chargés de la distribution.

Les compagnies aériennes ayant décidé « d’ouvrir » la surcharge GDS amènent le profane, et il y en a beaucoup en ce moment, à se pencher sur le sujet NDC. Pour faire simple outre le fait que la compagnie souhaite entrer le plus possible en contact direct avec le client afin de lui décliner l’ensemble de son offre, la réponse apparaît clairement marquée par une volonté de restreindre les réservations via les GDS, en tout cas d’en diminuer les coûts, avec la mise à disposition d’APIs (Application Programming Interface) à destination des distributeurs.

Bref, sans tomber dans la caricature, imaginons l’acheteur ou le travel manager d’une entreprise qui apprend l’existence de ces surcharges et ne soyons pas surpris par ses questions :

  • « Qui va m’éviter cette surcharge, le GDS ? mais il n’est pas prêt, l’agence idem ? », au final qui va payer ?
  • « Quid de l’automatisation que j’ai contribué à mettre en place (SBT/OBT) ? »
  • « Vais-je être dans l’obligation de revoir la politique d’achats aériens, au moins avec cette compagnie ? …et peut être la politique voyage. Globalement je vais perdre le contrôle, ou au moins une partie, de l’activité que j’avais mis si longtemps à maîtriser »

A ce stade, il risque d’être déjà « perdu en route » … Et c’est normal !

Un des enseignements importants de cette rencontre avec IATA est le suivant : « chacun sa place, chacun son rôle ! ». Explication de texte : de même qu’une TMC n’a pas à dicter la politique voyage d’une entreprise, un travel manager ou un acheteur n’a pas à se substituer aux ingénieurs qui développent les SBT, aux TMC qui distribuent les prestations et aux commandants de bord qui pilotent les avions ! Chacun son job ! Chacun son domaine.

Cela n’empêche pas le contrôle bien évidemment. Par le passé, les entreprises ont certainement pêché par excès de « tronçonnage », comprendre : une diversification des fournisseurs et des systèmes, poussée à son paroxysme et justifiée par la course aux économies. Mais à pratiquer ainsi, le TM a dû se transformer peu à peu en technicien, en « agrégateur » et assumer des responsabilités qui n’étaient pas a priori de son ressort. Sauf qu’aujourd’hui, il doit en plus intégrer cette nouvelle norme de distribution. Dans ce contexte d’évolution, a minima pendant une période qu’on peut qualifier de transitoire, il n’est pas aisé pour le travel manager ou l’acheteur de comprendre ce qu’il va devoir faire ou produire pour être efficient, pour être « à la norme » oserais-je dire !

Bref, des questions nous en avions. Des réponses, nous en avons obtenu beaucoup également. Nous les réservons à nos adhérents à l’occasion de nos futurs événements et publications. Néanmoins, nous pouvons d’ores-et-déjà annoncer que l’AFTM et IATA proposeront ensemble un contenu (en français) dédié à la compréhension de la norme NDC : plusieurs webinars dont le niveau d’expertise ira crescendo, des fiches pratiques très pédagogiques. De même, un événement commun est prévu à Paris en novembre ; il aura pour but de faire le bilan des quelques mois de déploiement de la norme par certaines compagnies et d’envisager la suite, ensemble !

Pour conclure… la NDC n’est qu’une étape, alors préparons-nous à assumer et à mieux anticiper d’autres innovations qui ne devront surtout pas nous dépasser, mais nous suivre !

Michel Dieleman