Faire du travel management que je qualifierais de « hors-sol », c’est-à-dire totalement déconnecté des utilisateurs et donc de l’opérationnel, n’a pas beaucoup de sens. La typologie même de notre activité la rend extrêmement dépendante des utilisateurs et de leur taux d’adhésion aux bonnes pratiques qui sont aujourd’hui un levier du retour sur investissement. Je suis convaincu que c’est au travers des services que nous pourrons leur apporter que nous ferons des voyageurs des partenaires plus que des opposants à nos actions de maîtrise des coûts.

Mais voilà, tout comme il n’y a pas une typologie unique d’entreprise, il n’y a pas non plus une seule approche de management de la mobilité des collaborateurs. La diversité enrichit notre métier, justifie notre valeur ajoutée mais encore faut-il en être convaincu pour motiver à leur tour nos principaux sponsors de nous accompagner dans cette démarche.

Vous l’avez certainement tous vécu un jour ou l’autre : rien de tel qu’un bon benchmark pour faire adhérer les plus réfractaires des décideurs. Et un vrai benchmark se conduit rarement derrière un bureau : il faut savoir sortir du cadre !

Ceux qui ont eu la chance d’écouter Sabrina Murphy lors de la première conférence que nous avons organisée dans le cadre du dixième anniversaire de l’association auront noté que l’on peut être créatif et ouvert au monde et pour autant bien garder la tête sur les épaules.

Un bon moyen de comparer ses pratiques à celles des autres acteurs de l’industrie est de participer à des salons et à des conférences. En 2018, la NDC*, le RGPD* et la blockchain* seront les invités de toutes les tables rondes. Sous le manteau, les spéculations vont également bon train sur la concentration en marche dans le domaine de la distribution et de la technologie. Les nouveaux entrants sont nombreux et il suffisait de passer par la zone centrale du Business Travel Show (BTS) de Londres, salon-conférence qui devient chaque année de plus en plus incontournable, pour se rendre compte qu’ils n’ont pas l’intention de rester simples spectateurs. Les poids lourds de demain sont peut-être parmi eux. Sortir du cadre c’est aussi réfléchir au modèle économique qui guidera la gestion de la mobilité de demain. Si les salons sont souvent des lieux où se testent les concepts, où se brassent les idées, ils sont aussi des endroits propices pour évaluer, au travers des témoignages des panels, son propre niveau de maturité. Cette année, au BTS, nous avons beaucoup parlé de globalisation mais force est de constater qu’entre la théorie et la pratique il y a bien souvent deux mondes. Soyons clairs : la solution réellement unique qui répond à tous les besoins et que vous pourrez déployer dans plus de 120 pays dans le monde n’existe pas et n’existera sans doute jamais dans notre monde. Les plus matures parlent de solutions « glocales », acronyme qui reprend les leviers d’achats globalisés et de la mutualisation tout en plaçant le curseur à un niveau qui garantisse un maximum d’efficience et d’adhésion locales. Sortir du cadre c’est mesurer la part que l’on doit laisser à l’initiative locale et concentrer ses efforts de mutualisation sur les vrais leviers d’économie.

Je suis convaincu depuis bien longtemps du bénéfice que nous avons à réunir autour des projets des équipes pluridisciplinaires sans aller jusqu’à confier la totalité d’un programme voyage en gestion à une DRH ou à une direction financière comme le laissait entendre un baromètre récent. Chaque acteur de l’entreprise peut apporter sa contribution à une meilleure gestion.

Rien que la perspective de lancer un appel d’offre nécessite de viser juste et de se constituer le bon panel de sociétés à consulter. J’ai souvent rencontré des consultations qui faisaient l’impasse sur des acteurs essentiels à certains marchés simplement parce qu’ils avaient été conduits par des managers n’ayant qu’une vision partielle du secteur, centrée sur leur seul métier ou sur leur région.

L’AFTM ne pouvait rêver mieux pour son dixième anniversaire qu’une année aussi riche en actualités. Dans quelques jours nous publierons le troisième livre banc de la collection « les défis de la mobilité en entreprise » qui est la démonstration même de ce que peut apporter une collaboration trans-fonctionnelle. Nous avons réuni des spécialistes de la sûreté, de la santé et du travel management pour rédiger ce qui sera à n’en pas douter un outil de travail pratique et documenté de beaucoup d’acteurs du secteur.

Parce que la taille des entreprises n’est pas unique, parce que chaque secteur d’activité a ses propres contraintes l’AFTM multiplie les initiatives et les contacts pour diversifier les regards qu’elle peut offrir à ses adhérents. Le travail incroyable mené par les délégations régionales, axe fort initié en 2017, prouve que ces sujets d’actualité ne concernent d’ailleurs pas seulement les seules entreprises multinationales basées en Ile de France. Les délégations régionales reprennent aussi bien les grands classiques du travel management que ces thématiques émergeantes pour partager les bonnes pratiques de demain et identifier les véritables leviers d’économies. Je relisais récemment une étude qui estimait à 60 % la part des économies qui en découlaient, loin devant celles qui sont liées à des négociations purement contractuelles. Plus les entreprises seront matures en structure et en technologie, plus elles devront s’appuyer sur ces bonnes pratiques pour améliorer encore leurs résultats.

En octobre Paris accueillera la conférence annuelle d’ACTE. L’AFTM participe au steering committee et ouvre ses colonnes ce mois-ci à Greeley Koch, Directeur général de l’association globale. Là encore un choix clairement affirmé de l’Association car sortir du cadre s’entend aussi au sens géographique du terme. Même si les différences qui séparent les continents sont plus ténues qu’il y a une dizaine d’années, à l’aulne des habitudes, certaines pratiques ont la vie dure et une bonne connaissance de nos « terrains de jeu » respectifs est toujours bénéfique. A ce titre également nos amis suisses de STM (Swiss Travel Management) viendront à notre rencontre à l’occasion d’un atelier itinérant organisé en avril à destination de Paris, juste avant de retrouver ACTE à l’occasion du forum organisé à Zurich en juin.

Nous n’allons pas vous en dévoiler plus du programme qui vous attend dans les semaines et les mois à venir et vous laisserons le plaisir de la découverte.

Pour cela, ouvrez les yeux et les oreilles, partagez, échangez et … sortez du cadre !

 

(*) Si ces termes vous sont encore inconnus, il est plus que grand temps pour vous se « sortir du cadre » car vous n’avez pas fini d’en entendre parler en 2018 !