La data, c’est pas ça qui manque. Mais comment la collecter, la disséquer, la croiser : c’est toute la difficulté d’un exercice aussi complexe que fastidieux. Et à l’heure où toute direction qui se respecte ne nourrit sa conviction qu’à l’aune de données statistiques immédiatement exploitables, nous voilà tous partis tous en quête de jolis chiffres pimpants à leur mettre sous le nez. Constituent-ils un reflet exact de la réalité ? Après tout, c’est secondaire : l’existence même du chiffre importe davantage que sa véracité.
Consultants et experts du voyages d’affaires l’ont bien compris, qui assortissent désormais leurs outils de pilotage de la politique voyages de beaux tableaux où la data en miettes s’agrège comme par magie dans des pourcentages synthétiques qui éclairent le passé et ouvrent l’avenir. Inutile de demander le nom du génie visionnaire qui réussit à faire enfin parler les chiffres, vous obtiendrez toujours la même réponse : « c’est notre algorithme » (ce qui était peu ou prou la phrase que l’on sortait avant 2007 chez Lehman Brothers pour justifier les prises de position sur les crédits immobiliers à risques…).

Vous avez du mal à convaincre vos voyageurs d’employer les canaux de réservation officiels ?
Vous voulez distinguer clairement ce qui relève de la restauration et ce qui relève de l’hébergement dans leur facture hôtelière ?
Vous voulez des outils pour identifier les meilleurs leviers de négociation pour vos contrats aériens ?

Dormez tranquilles, braves TM, le dieu Algorithme est là et il va résoudre tous vos problèmes, y compris ceux que vous n’aviez pas jusqu’ici ! Confort, sécurité, écoute du voyageur : arrêtez de vous encombrer la vie avec des problèmes non quantifiables et laissez tourner la divine machine qui vous délivrera la Vérité inaccessible au commun des mortels. Et ne cherchez surtout pas à aller fouiner dans les arrière-cours de l’Olympe pour vérifier la validité de ses oracles : c’est contraire au mystère de la foi. Et puis, de toute façon, vous êtes probablement trop bête pour comprendre…
N’empêche qu’à plusieurs reprises, récemment, l’algorithme m’a fourni des données que le commun des mortels doté d’un minimum de bon sens aurait trouvées stupides. Et je ne ne suis pas certain que l’évocation du dieu Algorithme m’aurait suffi comme justification aux questionnements de mon management si je m’étais contenté de reproduire à mon tour ces rapports erronés. Désolé pour les consultants des TMC : le dieu Algorithme est loin d’être infaillible et il va falloir continuer à relire les rapports avant de les diffuser…