« En France, c’est pas comme aux Etats-Unis : plus de 80% de l’hôtellerie est indépendante ». De tables-rondes en dîners-débats, combien de fois avons-nous entendu cette affirmation, généralement suivie d’un topo sur le goût ancestral de nos voyageurs à béret pour leur petite auberge bien de chez nous, loin, si loin du goût des Américains à mâchoires carrées pour les prestations sans surprise de leurs hôtels de chaîne formatés. De David contre Goliath à Astérix contre les Romains, notre culture populaire n’est jamais avare de ces histoires édifiantes ou le « petit » damne le pion au « gros ».

Et pourtant, désolé de faire déchanter dans les chaumières, mais ce mythe du « 80%-de-l’hôtellerie-française-est-indépendante » est en grande partie fantasmatique car il ne porte que sur le statut des établissements hôteliers et non sur le parc de chambres, donnée qui est quand même autrement significative. « Aujourd’hui, plus d’une chambre d’hôtel sur deux appartient à une chaîne » : ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’INSEE, qui relève également que cette proportion ne cesse d’augmenter depuis 2000, où les chaines ne captait qu’un tiers du parc de chambres. Devenue écrasante dans la catégorie « une étoile » (85% du parc!), cette domination des chaînes est devenue tout aussi réelle en 4-5 étoiles où les labels hôteliers mobilisent désormais près des deux tiers des chambres.

C’est un fait : il est loin le temps où l’on cherchait son hôtel dans les pages jaunes et le triomphe de la distribution en ligne donne indubitablement l’avantage aux structures organisées pour bien négocier leur présence sur toutes les plateformes. Les attraits de la fidélisation et les accords corporate font le reste.

Pas de doute : notre légendaire « Hôtel des trois canards » a du plomb dans l’aile…