Gros succès pour le webinar du 10 novembre dernier à l’occasion de la sortie du dernier livre blanc de l’AFTM sur la RSE ! Cinq intervenants ont répondu aux questions de l’animateur François-Xavier Izenic et des internautes : Isabelle Juppé, directrice du développement durable et de la RSE du Groupe Lagardère, Sylvain Guyoton, senior vice president chez EcoVadis, Arnaud de Lamezan, vice-président de l’AFTM délégué aux nouvelles mobilités et aux achats responsables, Loïc Simon, administrateur de l’AFTM en charge de la formation, Michel Dieleman, président de l’AFTM. 

 

Pourquoi ce livre blanc tombe-t-il à point nommé ?

« Il arrive au bon moment, à cause de cette crise qui nous frappe et qui nous impose de nous réinventer » selon Isabelle Juppé, qui ajoute : « ma conviction est que la crise va pousser au changement, la RSE peut être une réponse à ce qui se passe aujourd’hui grâce à l’utilisation de cinq de ses leviers principaux : 

  • La confiance. C’est fondamental, il faudra que le secteur de la mobilité soit de plus en plus un vecteur de confiance et qu’il rassure sur la protection sanitaire.
  • L’innovation, sur le plan environnemental mais aussi sur celui des services.
  • La transparence. C’est un sujet qui monte, dans le domaine alimentaire par exemple. Mais pour les voyages, ce sera pareil, il faudra aider le voyageur à prendre la bonne décision, notamment en lui fournissant des données précises sur les émissions de CO2 de tel ou tel service ou fournisseur. 
  • La collaboration. Travailler ensemble dans une logique de partenariat. La crise va favoriser ce partenariat. 
  • Le sens. Cela veut dire : pourquoi ce voyage ? Se poser la question du sens et de la raison d’être du voyage. » 

 

Quel est l’objectif de ce livre blanc ?

Michel Dieleman : « Ce livre blanc est une invitation à faire. On est au début d’un grand projet collectif qui vise à faire converger les déplacements et les impacts positifs sur la société et l’environnement. Mettre le cap sur la RSE sans concession, cela signifie de ne pas tergiverser, il est urgent d’agir avec tous les acteurs de l’industrie. On est bien au-delà du verdissement des déplacements. Les impacts sont aussi économiques et sociétaux. C’est une question collective, stratégique, opérationnelle et humaine. » 

 

Les entreprises sont-elles en retard en matière de RSE appliquée aux déplacements ? 

Arnaud de Lamezan : « Les entreprises ont déjà beaucoup travaillé sur la RSE, en donnant la priorité aux impacts directs de leurs activités. Le voyage d’affaires fait partie des impacts indirects et c’est logique qu’il soit travaillé dans un deuxième temps. Et rendons à César ce qui appartient à César : les prestataires du voyage d’affaires ont travaillé depuis plus longtemps ces sujets car justement leurs impacts directs sont en jeu : les transporteurs, les hôteliers… »

 

Quelle est la structure du livre blanc ?

Michel Dieleman : « Le premier objectif était de le rendre lisible avec trois cahiers : le premier « comprendre la RSE dans les mobilités d’affaires », pour savoir de quoi on parle, ensuite les enjeux et le futur des mobilités d’affaires et enfin les fiches pratiques. Sans prétendre à l’exhaustivité, on y trouve un éclairage d’ensemble sur le sujet, des partages de bonnes pratiques et des recommandations permettant de mettre en œuvre une stratégie de mobilité ambitieuse et responsable. »

 

La RSV, la Responsabilité Sociétale du Voyageur mise en avant dans le livre blanc, c’est quoi ?

Arnaud de Lamezan : « Je ferai un parallèle en citant le président Kennedy : « ne vous posez plus la question de savoir ce que l’Amérique ferait pour vous mais plutôt de ce que vous pouvez faire pour l’Amérique ». Pour le voyageur, c’est pareil : si on veut faire avancer la démarche RSE dans le voyage d’affaires, il faut embarquer le voyageur avec soi. En l’amenant notamment à se poser les bonnes questions : quel est le sens de son voyage, est-ce qu’il y a des moyens alternatifs, quelle sont les réputations de ses fournisseurs… » 

Michel Dieleman : « Ce livre blanc ne vient pas s’inscrire contre le voyageur d’affaires mais avec lui. Dans ce schéma, il garde sa place centrale. L’équilibre à trouver est subtil, il repose moins sur la contrainte que sur la conviction. »

 

La RSE peut-elle améliorer le sort des voyageurs d’affaires en situation de handicap ?

Loïc Simon : « Pour une personne à mobilité réduite (PMR) en voyage d’affaires, le déplacement, notamment le transport, est un vrai parcours du combattant. Dans les gares ou les aéroports, à bord d’un train ou d’un avion, c’est beaucoup de temps et de stress supplémentaires. D’autant que la prestation de services est assez déshumanisée, vous avez l’impression d’être un bagage supplémentaire, on est traité comme un objet, on nous pose là et on doit attendre. L’obligation du timing propre au voyageur d’affaires n’est pas prise en compte. Il faut donc davantage d’échange avec les prestataires. Quand on est en négociation avec eux, voir précisément où ils en sont en matière de handicap. Leur faire comprendre qu’ils doivent intégrer cette notion de voyage d’affaires dans la prestation de services PMR. Il faut forcer la main pour qu’un déplacement d’un PMR ressemble à celui d’une personne valide. » 

 

Quel rôle peut jouer le travel manager dans la mise en place de la RSE appliquée aux déplacements ?

Arnaud de Lamezan : « Le travel manager va être l’étincelle qui va allumer le feu de la RSE. Il faut d’abord qu’il construise un premier argumentaire, rassembler un certain nombre d’éléments issus des fournisseurs, issus d’un benchmark avec ses autres collègues travel manager. Avec cet argumentaire, il va essayer de convaincre d’autres services, aller voir sa direction générale et dire : « voilà le projet, cela s’inscrit dans la démarche globale RSE de l’entreprise, et je suis prêt à lancer la démarche sur les voyages d’affaires de l’entreprise. » il faut éviter à tout prix de vouloir travailler seul alors que c’est un merveilleux travail d’équipe. Deuxième mauvaise pratique, ce serait d’être dogmatique et rigide, cela n’a pas sa place. Quand on se fixe des objectifs, il faut qu’ils soient atteignables afin de célébrer le succès ensemble. »

Michel Dieleman : « C’est en effet un merveilleux travail d’équipe. Les mobilités durables sont exigeantes, elles comportent des complexités opérationnelles, humaines et économiques. Le travel manager est un acteur fort mais d’autres ont un rôle important : les acheteurs, les RH les équipes RSE, les équipes chargées des plans de mobilités, la communication internet et externe, les équipes handicap quand elles existent et sans oublier le voyageur d’affaires. » 

 

La RSE est-elle un bon prétexte pour faire baisser les budgets voyages ? 

Arnaud de Lamezan : « Si une entreprise entre dans une démarche RSE juste pour faire baisser ses budgets voyages, c’est déjà une bonne nouvelle. Cela veut dire qu’elle n’a pas tout compris certes, seulement un petit bout, mais elle est déjà sur la bonne voie. En revanche, elle va assez vite être rattrapée par la patrouille car les collaborateurs vont lui dire : « nous, on cherche le vrai sens ». Si les collaborateurs ne se font pas tromper longtemps, il y a aussi des pressions extérieures à l’entreprise qui lui demandent des comptes. »

 

Où en sont les prestataires du voyage d’affaires en matière de RSE ?

Sylvain Guyoton : « On a évalué près de 600 entreprises (dans 50 pays) dans les domaines de l’aérien, de l’hôtellerie et des agences de voyages. On peut les diviser en trois groupes :

  • Un tiers des entreprises n’ont pas fait grand-chose. 
  • Un tiers qui se sont engagés sur des politiques de RSE mais de manière partielle. 
  • Un tiers qui a des pratiques adaptées par rapport aux enjeux auxquelles elles sont confrontées. 

Si l’on s’en tient aux prestataires français, on peut dire qu’ils font plutôt partie des bons élèves. Le timing de ce livre blanc est parfait car avec la crise pandémique on se pose beaucoup de questions. Dans 10 ans, on se rendra compte que l’année 2020 aura été une année d’inflexion. Il ne s’agit pas de voyager plus ou moins mais de voyager mieux. »

 

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM