Climat : les actionnaires accentuent la pression

Certains actionnaires, inquiets des risques financiers liés au changement climatique, poussent les entreprises à respecter les objectifs de l’Accord de Paris.

Une fois n’est pas coutume : puisque l’AFTM vient de publier son livre blanc sur la RSE, permettons-nous exceptionnellement de sortir du cadre stricto sensu du voyage d’affaires dans cette rubrique. Le journal Les Echos (Lire ici) raconte ainsi que, fin octobre, « à l’occasion de l’assemblée générale annuelle du gestionnaire d’aéroports espagnol Aena, ses actionnaires, appuyés par l’activiste Chris Hohn du fonds TCI, ont voté en faveur d’un plan d’action contre le changement climatique. »

Il convient de rappeler ici que Chris Hohn est une personnalité atypique. Ce financier de haut vol, annobli par la reine en 2014 pour ses activités philanthropiques en faveur des enfants dans les pays en développement, possède une fortune personnelle estimée à plus de 1 milliard de £. A la tête du hedge fund TCI, il se concentre sur quelques grands groupes et reste longtemps au capital afin de peser sur leur stratégie. Devenu l’un des hérauts de la lutte contre le réchauffement climatique, Chris Hohn affirme que « l’actionnaire doit être moteur des changements sociétaux. »

Cette histoire est révélatrice d’une tendance car désormais, écrivent Les Echos, « les investisseurs de long terme, pour qui le changement climatique est porteur d’importants risques financiers, ont pris l’habitude de se regrouper pour faire pression sur les entreprises dont ils sont actionnaires. Dernière initiative en date : la publication par 38 d’entre eux (représentant 9.300 milliards de dollars de capitaux sous gestion), des « Attentes des investisseurs en matière de comptabilités alignées sur les Accords de Paris. »

Et l’article de poursuivre : « Dans cette note d’une vingtaine de pages, des gestionnaires d’actifs internationaux comme JP Morgan AM, Fidelity, Robeco, DWS, Aegon AM ou Nordea et des grands fonds de pension anglo-saxons, demandent aux grandes entreprises que les risques financiers concrets liés au climat soient pleinement intégrés dans leurs états financiers, et pas seulement dans un reporting extra-financier séparé. »

Les entreprises sont prévenues. La note du groupe des investisseurs institutionnels pour le climat (IIGCC) ainsi qu’une lettre ont été envoyées à 36 géants européens (plus exactement, à leur président du comité d’audit) de l’énergie, des matériaux et des transports. Plusieurs groupes français figurent parmi eux, notamment EDF, Engie Air Liquide, Arcelor Mittal, Saint-Gobain, PSA et Renault.

L’auteur conclut : « Selon les investisseurs, les groupes en question sont mal partis pour atteindre l’objectif de « zéro émission » en 2050. Un véritable rappel à l’ordre. »

Voilà en tous cas une raison supplémentaire pour les travel managers de s’emparer énergiquement du dossier RSE !

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM