Eurostar menacé de faillite

La pandémie a plongé la société franco-ferroviaire dans une situation dramatique.

Le lien terrestre entre la France et l’Angleterre va-t-il survivre au Covid-19 ? Jacques Damas, le directeur général d’Eurostar, est très pessimiste : « une cessation de paiement, quand on aura brûlé tout notre cash, est possible quelque part dans le deuxième trimestre », a-t-il expliqué à l’AFP. Avant de poursuivre : « On est à 5% du chiffre d’affaires depuis le 1er avril 2020. » Avec un trafic en baisse de 85%.

Depuis début janvier, explique La Tribune (Lire ici), la compagnie transmanche ne fait plus circuler quotidiennement qu’un aller-retour entre Londres et Paris et un Londres-Bruxelles-Amsterdam, vides à 80%.

Pour Jacques Damas, Eurostar « souffre davantage que les compagnies aériennes à cause du cumul des règles sanitaires définies par les différents pays desservis, Grande-Bretagne, France, Belgique et Pays-Bas. »

Seule une aide des Etats pourra empêcher l’inéluctable. Mais le gouvernement britannique se fait tirer l’oreille, comme le raconte Le Monde (Lire ici). Pourquoi ? « Car Eurostar est une filiale britannique de la SNCF, à 55 %, et de la compagnie ferroviaire belge (5 %). Le Royaume-Uni a vendu sa participation de 40 % en 2015 à la Caisse des dépôts du Québec et à un fonds d’infrastructure britannique, Hermes. Ces actionnaires ont déjà injecté 200 millions d’euros, mais ce ne sera pas suffisant. D’où l’appel à l’aide. Boris Johnson l’entendra-t-il ? Dans un éditorial au vitriol, le Financial Times lui conseille de ne pas bouger. Selon lui, l’entreprise a coûté cher au contribuable britannique, et l’Etat, en vendant, s’est privé des dividendes confortables qui ont commencé à être versés peu après. De plus, il ne s’agit pas d’une infrastructure, comme le tunnel lui-même, et la société pourrait donc être facilement remplacée si elle venait à défaillir. »

Et Philippe Escande, l’éditorialiste du Monde, de prédire : « Eurostar sera sauvé mais, comme pour le Brexit, il faudra attendre la dernière minute. »

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM