Passeports sanitaires : gare aux datas !

Les travel managers et leurs entreprises doivent s’assurer d’avoir pris toutes les mesures garantissant la protection de la vie privée. Pas une mince affaire…

C’est une avancée significative. Depuis le 22 avril, l’application TousAntiCovid s’est muée en passeport sanitaire comme le racontent Les Echos (Lire ici). Les utilisateurs peuvent y importer et stocker les résultats de leurs tests PCR ou antigéniques en flashant le QR Code. Puis, à partir du 29 avril, leurs certificats de vaccination. Ils pourront ainsi les présenter au passage des frontières des pays de l’Union. L’idée de la Commission européenne étant de faire en sorte que chaque pays développe son propre système, mais qu’il ait une interopérabilité entre les systèmes.

De tels dispositifs sont le sésame de la reprise des voyages d’affaires mais posent de nombreuses questions sur la protection de la vie privée. Comme le rappelle un expert dans le journal La Tribune (Lire ici) : « (…) le QR Code est un moyen simple de vérifier telle ou telle information. Mais qui dit moyen simple implique forcément des attaques simples à la portée de tous ». Alertant sur le risque de piratage des appareils mobiles, il enjoint les entreprises d’en renforcer la sécurité et de sensibiliser les utilisateurs aux risques des QR Codes.

De son côté, Christel Cao-Delebarre, responsable mondiale de la protection de la vie privée chez CWT, met en garde dans Business Travel News Europe (Lire ici) : « Ne vous précipitez pas avant d’avoir effectué une évaluation approfondie de l’impact sur la vie privée ! »

Le risque majeur est celui de la responsabilité de l’entreprise en cas de violation des données, d’autant qu’en vertu du RGPD européen les données relatives à la santé sont considérées comme « sensibles ». Sous couvert d’anonymat, un travel manager a déclaré à BTN : « notre responsable de la protection de la vie privée a confirmé que nous devions trouver un moyen pour que l’entreprise n’exige pas ces certificats sanitaires pour voyager car elle pourrait être responsable en cas de violation des données ». Et d’ajouter : « Si les voyageurs adoptent volontairement un passeport sanitaire parce que cela leur facilite la vie, alors ça marche ». Sacré numéro d’équilibrisme en vue !

Christel Cao-Delebarre encourage donc les travel managers à travailler dès à présent avec les équipes juridiques et de protection de la vie privée. Elle les exhorte même à porter la question au niveau du conseil d’administration pour « résoudre l’équilibre entre les risques juridiques et de confidentialité et le risque de continuité des activités que représente la non-reprise des voyages ».

Une préoccupation qui pourrait, dans le cas d’entreprises multinationales, devenir un vrai casse-tête : « L’évaluation des risques se fera au cas par cas, en tenant compte de la législation locale, du secteur dans lequel les employeurs exercent leur activité, ainsi que des obligations professionnelles et du rôle spécifique d’un employé donné ».

Sans oublier que ces passeports ou certificats sanitaires risquent bien d’être indispensables à toute participation à un salon professionnel, conférence, etc…

Bref, pour les travel managers, à mesure que la vaccination avance, c’est un sujet qui doit rapidement grimper en haut de leurs priorités, déjà fort nombreuses. D’autant que toutes les enquêtes le confirment : si les voyageurs d’affaires se disent prêts en majorité à utiliser ces passeports sanitaires, ils s’inquiètent principalement de la protection de leurs données…

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM