Parler d’un sujet vaste et profond en six minutes vous semble impossible ? Les consultants ont pourtant relevé le défi, pour la plus grande joie des adhérents !

Après les tables rondes de la matinée, les consultants invités ont relevé un beau challenge lors de la convention de l’AFTM du 6 juin dernier à Marseille !

Un sujet leur a été attribué et ils ont eu une dizaine de minutes pour pitcher dessus face à l’ensemble de nos adhérents et leur offrir ainsi un regard d’expert. Les thèmes abordées étaient : le voyage prescripteur, la RSE, la révolution de la mobilité, le bleisure, vie professionnelle et vie personnelle, la diversification des interlocuteurs dans les entreprises.

L’AFTM revient sur l’intervention de trois des consultants “volontaires”. Ils partagent ici l’analyse concise qu’ils ont livré en live !

Le regard de Christophe Roth, Directeur de missions Business Travel chez EPSA sur le voyageur prescripteur

Le constat est unanime chez tous nos clients : leurs collaborateurs sont de plus en plus “experts” sur les déplacements professionnels, ils connaissent les acteurs, les bonnes pratiques et ne prennent plus pour argent comptant ce que leur propose l’entreprise. Cela transcrit l’influence des usages loisirs où ils ont accès à une offre diversifiée, à des comparateurs qui leur permettent de faire le meilleur choix, à des avis utilisateurs qui peuvent avoir un impact décisif et, de plus en plus, à du contenu personnalisé. Tout cela au travers de solutions fluides, intuitives et accessibles sur tous supports (ordinateur, tablette, smartphone). En quelques clics, ils ont accès à toute l’information nécessaire pour réserver leur voyage loisir. Naturellement, leur attente est de retrouver a minima ce même niveau de simplicité lorsqu’ils réservent un déplacement à titre professionnel.

C’est là que le bât blesse : dans le monde de l’entreprise, le parcours utilisateur est semé d’embûches : systèmes d’approbations, intégration des tarifs négociés de l’entreprise, restrictions des politiques voyages, champs analytiques pour le reporting, blacklisting de certains fournisseurs… L’entreprise a aussi ses besoins qui doivent être pris en compte dans les outils et les partenariats qu’elle met en place. Il en résulte que l’expérience utilisateur est dégradée car moins fluide, ce qui frustre les voyageurs qui, par conséquent peuvent être tentés par la réservation en direct, comme ils le font à titre personnel.

 Le fossé entre ces deux parcours utilisateurs est bien réel. D’un côté, les acteurs B2C jouent la carte de la séduction pour fidéliser une clientèle très volatile et misent sur l’expérience utilisateur la plus optimisée, avec des moyens financiers très importants. De l’autre côté, on observe des solutions qui ont été avant tout conçues pour répondre à des cahiers des charges techniques, définis par les différents corps de métier des entreprises (IT, Compta, Finances, RH, Achats, etc) mais on a peut-être longtemps oublié l’utilisateur final : le réservataire. Difficile de rattraper le retard, surtout quand on n’a pas les mêmes moyens financiers et technologiques que les GAFA.

Par conséquent, le voyageur qui constate ces écarts se positionne comme prescripteur. Voulant bien faire, il devient l’ambassadeur au sein de l’entreprise des solutions qu’il utilise à titre personnel et qu’il plébiscite pour la simplicité d’utilisation. Un exemple concret discuté en marge des échanges concerne la location courte durée : un voyageur d’affaires se plaignait de devoir présenter son permis à chaque réservation et d’être parfois contraint à faire la queue au comptoir malgré sa carte pro. Alors qu’à titre privé il utilise une application grand public qui lui permet de réserver instantanément un véhicule et de le récupérer à toute heure avec un simple smartphone qui déverrouille la voiture.

En définitive, il apparaît important d’écouter les remontées des voyageurs, qui connaissent mieux que personne la réalité du terrain et d’intégrer ces retours dans les discussions avec les fournisseurs pour insuffler de l’innovation, référencer de nouvelles solutions et faire bouger les lignes. Mais il faut bien veiller à ce que ces nouveaux entrants apportent certaines garanties :

  • la sécurité des utilisateurs mais aussi des données ;
  • la pertinence de la présence géographique avec les besoins de l’entreprise, pour éviter une trop forte dispersion des fournisseurs ;
  • l’intégration avec les systèmes d’information de l’entreprise à des fins de gestion des paiements ou de traçabilité ;
  • la pérennité de ces solutions dans le temps ;
  • la réelle adéquation aux besoins d’un voyageur d’affaire (un acteur collaboratif permet-il d’assurer la gestion des aléas auxquels est soumis le voyageur professionnel ? Le niveau de confort et de sécurité est-il harmonisé et garanti ?).

Le regard de Nathalie Maréchal, Manager chez Areka Consulting sur la RSE

Comme mes confrères, j’ai eu 6 minutes l’après-midi pour parler d’un sujet touchant le voyage d’affaires, en l’occurrence la RSE. Vaste sujet à traiter dans un laps de temps aussi court ! Le thème de la convention portant sur la vie du voyageur d’affaires et ses aléas, j’ai trouvé intéressant d’aborder la RSE sous l’angle environnemental et sociétal.

Si toutes les entreprises s’intéressent avec plus ou moins d’entrain à la question, les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi ont des opinions plus radicales sur ces sujets, réchauffement climatique oblige.

À titre d’exemple, on peut en effet citer les quelques 18 000 étudiants de grandes écoles françaises (HEC, ENS, Sciences Po…) qui ont signé un manifeste pour réfléchir au choix de leur futur employeur sous l’angle de l’impact environnemental ou encore ce récent mouvement en Suède de voyageurs qui refusent de prendre l’avion pour cause d’empreinte carbone trop forte.

Ces prises de positions auront certainement un impact sur les recrutements de talents dans les entreprises, mais également sur les modes de déplacement et leurs fréquences, les alternatives au voyage et les coûts associés. Si la tendance se confirme, la recherche du retour sur investissement d’un voyage professionnel fera l’objet d’un arbitrage entre le confort du voyageur, le coût du déplacement et son impact environnemental.

Sabah Kahoul, General Manager, Business Travel Purchase sur la révolution de la mobilité

C’est bien d’une révolution de la mobilité dont on parle aujourd’hui, plus précisément de la troisième, après le ferroviaire et la voiture individuelle.

Il existe aujourd’hui en France plus d’une centaine de services de mobilité, englobant les VTC, l’autopartage, le covoiturage, la micro-mobilité en free floating (trottinettes, vélos, scooters…). En 2018 on note une nouvelle augmentation de 15% de ce type de services en France.

En outre, les choses se précisent du côté de la voiture autonome, du taxi-robot et de l’Hyperloop, pour lesquels des prototypes sont déjà présents ou annoncés pour 2020, leur lancement n’étant pas prévu avant 2030.

 Notre façon de nous déplacer est définitivement en train de changer, impactant en priorité les déplacements domicile-bureau via l’usage des nouveaux modes de transports en free floating, l’utilisation du  VTC étant déjà largement plébiscité depuis quelques années, le vélo et maintenant la trottinette lui emboitant le pas.

Il faut s’attendre à ce que très vite, les collaborateurs de l’entreprise exportent cette nouvelle mobilité dans le cadre de leur déplacements professionnels, rien aujourd’hui ne pourrait les en empêcher !

Tout comme le VTC est arrivé dans l’entreprise par la voie du loisir, cette nouvelle mobilité finira par gagner le périmètre du travel management. En tout état de cause, il est fort à parier que des acteurs tel Uber pour le vélo ou Google pour Waymo auront très vite la technologie adéquate pour interfacer les OBT et autres outils de travel management.

Il serait donc de bon ton que les travel managers réfléchissent à l’intégration de cette nouvelle mobilité dans leur politique voyages, que les acheteurs se rapprochent des assureurs et des loueurs pour envisager la proposition de ces nouveaux services en interne.

D’autant plus que ces sujets vont participer à la réduction des émissions de CO2 et réduction des coûts qui restent des axes de développement importants au sein des entreprises.

En France, 150 grands employeurs versent une indemnité vélo de l’ordre de 200€ et 9% des salariés la demandent. La loi mobilité prévoit de remplacer l’indemnité kilométrique par un forfait et de doubler l’indemnité vélo de 200 à 400€/an – la vente de vélos électriques a connu un boom entre 2016 et 2018 de +152%[1].

L’intégration de ces sujets dans le périmètre d’action des travel managers leur permettra de confirmer leur rôle stratégique dans l’entreprise et d’inciter leur direction à réfléchir à l’encadrement de cette nouvelle mobilité.

[1] source BFM Eco du 10 juin 2019