[DÉBRIEF] Thierry de Bailleul : « La visio remplacera surtout des voyages courts »

Le vice-président des ventes Europe de Qatar Airways a répondu à nos questions pour ces 7e Entretiens de l’AFTM. Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes. 

Quel plan de vol au départ de Paris ?

« On a été la compagnie aérienne qui a le plus volé depuis le début de la pandémie bien qu’on ait réduit bien sûr nos capacités. On continue d’opérer au départ de Paris deux vols par jour. Si on voit la demande chuter, on réduira. Mais on veut respecter nos engagements, on n’est pas une compagnie qui annule ses vols en dernière minute, ou très rarement. On tient à ce respect et à cette stabilité des programmes. »

Quel protocole sanitaire ?

« Nos procédures sanitaires ont été récompensées avec la cinquième étoile au classement Covid-19 de Skytrax. Il faut signaler aussi que le hub de Doha est devenu dans le même temps le premier aéroport à décrocher 5 étoiles dans le classement Airport Security. Ce qui veut dire qu’il y a une parfaite synergie entre l’aéroport de Doha et Qatar Airways. On va plus loin que les autres compagnies : nos équipages revêtent une combinaison qui permettent de limiter les contagions, les nettoyages cabines se font avec un robot qui passe dans les allées au moment de l’escale, son système d’ultraviolet neutralisant virus et bactéries… Résultat : notre taux d’infection à bord est de 0,018%, soit l’un des plus bas de l’industrie. Vous êtes moins exposé à l’intérieur d’un de nos avions que nulle part ailleurs. » 

Quel certificat sanitaire ?

« Nous sommes la première compagnie à utiliser la solution digitale Travel Pass de IATA. Elle lève tous les débats sur l’éthique ou la protection des données car c’est le voyageur lui-même qui est maître de l’information. Quand vous le présentez à l’enregistrement ou ailleurs, il y a juste une mention : « Ok to board ». Ce qui signifie que le passager a respecté toutes les obligations du pays au départ et à l’arrivée. L’application vérifie que toutes les cases sont cochées. » 

Quelles conditions commerciales ?

« Il faut donner confiance, et donc maintenir les conditions commerciales. Tous nos billets sont entièrement flexibles. Aucune contrainte de remboursement. En 2020, on a remboursé 1,6 milliards d’euros de billets, c’est énorme ! On ne rechigne pas. Et on espère gagner la fidélité des clients à travers tous ces gestes. » 

Quelles actions pour le marché corporate ?

« Nos forces de vente sont sur le terrain. On a un certain nombre de contrats firmes qu’on est en train de prolonger compte tenu de la situation. Bien sûr la demande est plus faible, c’est difficile de la stimuler mais on est là. Il y a une opportunité pour les travel managers et les acheteurs : comme on est en période de restriction budgétaire, je leur dis d’essayer le voyage en classe affaires via Doha et non en direct. Cela leur coûtera 30 à 40% moins cher, avec un produit de qualité. »

Le vol avec escale, un risque ?

« Si l’aéroport est parfaitement aligné avec les procédures de la compagnie, vous avez une sorte de couloir sanitaire ultra protégé, et c’est le cas avec Doha. On peut être une compagnie indirecte et avoir les taux de contamination les plus bas du marché. » 

Une guerre des prix à venir ?

« Si c’est le cas, elle devrait déjà avoir eu lieu, or les prix ne sont pas passés sous un seuil déraisonnable. Les compagnies ont déjà perdu beaucoup d’argent. La demande se stimule aussi par la sécurité, la qualité et le critère environnemental. »

Le marché affaires : une baisse inéluctable ?

« Je suis sceptique sur cette prédiction d’une chute du business travel. Il y a un moment où il faut rencontrer les gens, ce n’est pas qu’une affaire de prix ou de produit. Le business, ce n’est pas seulement la dimension froide de la relation mais aussi la dimension chaude, donc la relation humaine. Bien sûr la visioconférence remplacera des voyages mais surtout des voyages courts. »

Quelle place pour l’écologie ?

« Elle va être de plus en plus importante. Les travel managers y sont de plus en plus sensibles. Comment peuvent-ils s’y retrouver ? En regardant la structure des flottes des compagnies, anciennes ou récentes, et en observant les organismes qui font des comparaisons entre compagnies. Qatar mise beaucoup sur les A350 (elle en a 53 et elle en a commandé d’autres) qui sont les avions les plus économes en carburant sur des trajets long-courriers. Ils ont en moyenne 2 ans et demi d’ancienneté, or je rappelle que l’âge moyen de la flotte IATA se situe entre 12 et 14 ans. Un A380 c’est deux fois plus de carburant à l’heure de vol qu’un A350. Ce sont des choses qui peuvent guider. Les dix A380 de Qatar ne voleront pas tant que ce n’est pas justifié. Et il ne l’est plus économiquement et d’un point de vue environnemental. »

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM