Cédric Renard : « Il faut faire preuve de résilience »

Le directeur général pour la France d’Emirates s’est prêté au jeu de l’interview pour ces cinquièmes « Entretiens de l’AFTM ». Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes. 

 

Ce deuxième confinement, un coup de massue ?

« Bien sûr, les quatre prochaines semaines s’annoncent comme une période plus contrastée mais on se projette résolument dans l’avenir. 

Et il faut faire preuve de résilience. Il y a des signes positifs, quand on regarde l’évolution depuis avril, le trafic avait repris. Les voyageurs avaient été rassurés par les protocoles sanitaires mis en place par les compagnies aériennes. Une fois les conditions réunies, cela permet de voyager en toute sécurité. »

 

Peut-on voyager vers Dubai ?

« Les déplacements sont autorisés vers Dubai mais pour motif impérieux. Dubai est une destination ouverte depuis le 17 juillet dernier. On peut donc aller à Dubai même si pour le loisir ce n’est pas recommandé. » 

 

Le plan de vol est-il modifié depuis le deuxième confinement ?

« Non, on a toujours deux vols quotidiens avec un Boeing 777 et un Airbus A380. En revanche, on avait programmé notre retour à Lyon à raison de deux vols hebdomadaires mais on a dû le reporter au 19 décembre prochain. A Nice, on redémarrera en avril prochain. »

 

Quels sont les protocoles à bord ? 

« En tant que compagnie aérienne, on a mis en place un test PCR obligatoire à l’aller comme au retour : 96 heures avant de partir au départ de la France et 72 heures dans l’autre sens. Ensuite, on a des embarquements différenciés selon la rangée, puis on délivre à chacun de nos passagers un kit dans lequel on retrouve gants, lingettes, masque, gel… On s’assure que tous les espaces communs soient entièrement nettoyés et désinfectés … Donc quand vous montez à bord d’un avion Emirates, je peux vous assurer qu’il n’y a aucune contamination possible. »

 

Le test antigénique peut-il permettre la reprise ?

« La vraie question, c’est l’harmonisation, il faut que ces tests soient acceptés par l’ensemble des pays, or aujourd’hui on souffre d’un manque de concertation qui créé l’incertitude. En attendant, on a signé un partenariat avec un laboratoire en France qui garantit les résultats de tests PCR en 48 heures. Et pour le retour, nous avons un accord avec l’hôpital américain. Donc il n’y a aucune raison de craindre de ne pas avoir les résultats à temps. »

 

Quel trafic affaires ?

« Les grandes entreprises ont certes mis en place des politiques de voyages assez voire très restrictives. Mais ce n’est pas le cas de toutes les entreprises, il reste des grands groupes qui voyages, des courants de trafic qui continuent à se déplacer : les marins, les diplomates, les sites de maintenance, les professions libérales, les PME-PMI… Ne généralisons pas, il existe toujours des voyageurs d’affaires qui se déplacent. » 

 

La reprise, pas avant plusieurs années ? 

« Les experts nous disent la reprise, c’est en 2024 ou 2025, mais ils en savent quoi ? Personne n’en sait rien ! Et l’expérience d’Emirates montre que les choses redémarrent, une fois que l’on sait vivre avec le virus. Il faut qu’on ait un peu d’optimisme et d’ambition. Et faire les choses de manière raisonnée et cohérente. Notre Pdg, Tim clark, parle d’une reprise dans 18 mois, c’est un scénario très plausible, les gens ont envie de voyager ! »

 

Avec le boom de la visioconférence, des craintes pour le trafic ?

« Les comportements vont évoluer, les applications de visioconférence sont entrées dans notre quotidien de travail. Mais aller signer des contrats, motiver des collaborateurs, je ne crois pas que cela puisse se faire avec Zoom. Le contact humain et la soif d’entreprendre non plus. Les réunions internes devront en revanche être plus justifiées qu’avant. Lors de la crise de 2008, toutes les entreprises avaient gelé les déplacements professionnels, qui avaient baissé de 70 à 80% mais un an plus tard c’était reparti car la valeur du voyage d’affaires c’est d’être une solution. Les voyageurs d’affaires ne se déplacent pas pour le plaisir, il y a des enjeux business derrière. »

 

Une baisse des tarifs pour inciter les entreprises à revenir ?

« Les entreprises ont d’abord besoin d’être rassurées sur les protocoles sanitaires. On a d’ailleurs changé notre signature, de fly better à fly safer. C’est un pré-requis. La deuxième chose, c’est la flexibilité, vous pouvez aujourd’hui reporter votre billet sur deux ans, vous pouvez le modifier, demander un remboursement, on est le plus flexible possible. Mais on ne va pas baisser les tarifs. Les bonnes années, les compagnies aériennes margent à 5, 6 ou 7%, c’est ça la réalité du transport aérien. L’idée c’est d’offrir le meilleur rapport qualité-prix, pas le prix le plus bas. Quand je vois des tarifs à 250 euros pour faire du long-courrier, je pense que c’est envoyer un mauvais signal. Les gens ne voyagent pas pour un tarif. » 

 

Les Airbus A380, un boulet aux pieds d’Emirates ?

« La flotte d’Emirates est en effet exclusivement long-courrier avec 115 A380 et des Boeing 777. Trop gros pour que les capacités soient absorbées par le marché ? Non, le A380 d’Emirates est plébiscité par les voyageurs, c’est notre signature de marque, vous avez des aménagements intérieurs qui n’ont rien à voir avec d’autres compagnies aériennes. Opérationnellement il est très efficace quand on sait le gérer. On est aujourd’hui la seule compagnie à le proposer à Charles de Gaulle ! On y croit, c’est un appareil magique. On peut y travailler, s’y reposer, on est connecté avec le wifi. On peut le faire voler encore 10 ou 15 ans, donc on veut le garder dans la flotte. Une flotte cela ne se construit pas du jour au lendemain. Mais on a commandé des avions encore plus modernes, notamment des A350. » 

 

Le système de hub est-il menacé par la recherche éventuelle de vols directs pour des raisons sanitaires, voire même environnementales ?

« Ce n’est pas le retour qu’on a des entreprises. Les compagnies qui ont une offre globale disposeront au contraire d’un argument clé demain. Cela constitue une offre de solutions, c’est ce que demandent les travel managers. Je rappelle que la première destination que l’on vend au départ de la France, c’est Dubai, 4 voyageurs sur 10 vont à Dubai comme destination finale. C’est un centre d’affaires pour tout le Moyen-Orient et c’est la 4e ville la plus visitée au monde. Par ailleurs, Dubai a une position géographique très enviable qui lui permet de relier le maximum de destinations en moins de 8 heures. Les fondamentaux d’Emirates sont toujours forts. »

 

Transport aérien et lutte contre le réchauffement climatique ? 

« Beaucoup d’efforts ont été faits, mais il reste beaucoup à faire et les objectifs sont ambitieux. On n’a pas été bons sur la communication, cela ne passe pas alors qu’on génère 2 à 3% des émissions de CO2. Le secteur aérien est injustement critiqué. Il faut qu’on continue sur le fond et qu’on soit meilleur sur la forme. »

 

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM