Les webinaires de l’AFTM continuent de séduire et font le plein ! Le 10 juin dernier, la 4e édition a porté sur les mobilités urbaines. Quatre intervenants ont répondu aux questions de l’animateur François-Xavier Izenic et des internautes : Sandra Lévy, acheteur chef de groupe chez METRO, Arnaud de Lamezan, directeur des achats et de l’immobilier chez Lagardère, Jean-Philippe Doyen, président de Sixt France et Benjamin Giovanni, head of account management chez Kapten.

1. Quelle activité aujourd’hui ?

Pendant le confinement les loueurs de voitures ont subi une baisse d’activité de 95% avec des coûts de flotte qui ont continué de courir. Aujourd’hui, le recul d’activité se situe entre moins 65 et moins 70% par rapport à la même période l’année dernière. Jean-Philippe Doyen a précisé que les loueurs ont dû réduire drastiquement leur flotte afin d’adapter leurs coûts et affecter leurs voitures dans les centres villes car c’est là qu’est la demande.

Du côté des VTC, la baisse d’activité est de moins 50% par rapport à la même période l’année dernière. Benjamin Giovanni a cité une enquête interne réalisée auprès de 1600 clients dont 86% pensent que leur usage des VTC sera dans les mois qui viennent identique voire supérieur à ce qu’il était auparavant car « c’est une alternative plus sécurisée que les transports en commun ».

2. Quelles mesures sanitaires ?

Pour Sixt : mesures de distanciation sociale dans les agences, marquage au sol, collaborateurs équipés de masques et de gel, parois transparentes, digitalisation intégrale du process, désinfection systématique des clés, renforcement des mesures de nettoyage des véhicules…

Pour Kapten : port du masque obligatoire pour le chauffeur et les passagers, vitre de protection entre le chauffeur et le passager (80% de la flotte en est équipée et 100% d’ici à quelques semaines), nettoyage du véhicule après chaque passage…

3. Des entreprises rassurées ?

Pour Sandra Lévy, « on est obligé de faire confiance aux prestataires. L’important est de mettre ne place des actions de communication pour faire connaître ces mesures et montrer que l’entreprise s’engage dans la protection des collaborateurs ». Et d’ajouter que désormais, l’hygiène et les protocoles sanitaires vont devenir des points clés des appels d’offres.

Arnaud de Lamezan a quant à lui le sentiment que les différents acteurs des déplacements professionnels ont globalement bien pris la mesure du défi sanitaire. Il fait toutefois la différence entre les acteurs connus qui ont communiqué sur leurs mesures d’hygiène et les autres. Pour lui, les travel managers et les acheteurs se dirigeront naturellement vers les premiers. Et d’affirmer que la limitation des déplacements dans les mois à venir sera le fait de contraintes managériales et économiques et non de la crainte des collaborateurs à voyager.

4. A quels prix ?

Pour la location de voitures, Jean-Philippe Doyen anticipe une correction des prix à la hausse car  « les loueurs vont donc devoir amortir leurs coûts fixes sur un nombre moindre de déplacements ».

Il plaide toutefois pour un travail en commun avec les TM et les acheteurs : « il faut réfléchir à rendre le déplacement plus intelligent au niveau économique, tenir compte de l’intégralité du coût sur la journée et s’interroger sur le bon mode déplacement adapté au besoin du moment ».

Et de citer en exemple : « à quoi cela sert de se battre pour un ou deux euros quand on sait qu’on va faire des économies sur le coût du carburant ou du stationnement si on loue un véhicule électrique ou hybride ? »

Arnaud de Lamezan le rejoint et implore ses homologues acheteurs et travel managers : « ne tirez pas sur l’ambulance, vous risquerez de le payer très cher demain ! » Il pointe « les profiteurs qui à court terme vont pousser leurs fournisseurs à la faute, à la réduction des coûts, tuant ainsi un certain nombre d’acteurs, provoquant la concentration de certaines activités, et donc favorisant la hausse des prix et peut-être plus haut que si on avait laissé vivre ceux qui créent la concurrence ». Il ajoute que « la grandeur des TM et des acheteurs sera leur capacité d’expliquer à leur hiérarchie la situation et l’intérêt bien compris des parties ». Et de conclure : on met en avant la RSE, on est en train de définir la raison d’être des entreprises, de parler de respect des parties prenantes, il va donc falloir qu’on soit cohérent avec les discours ».

Si Sandra Lévy acquiesce, elle nuance toutefois : « beaucoup d’entreprises sortent rincées par la crise et on va avoir besoin de manager au mieux nos coûts. » Pour elle, la solution est dans l’alternative : « on a désormais plus intérêt à multiplier les solutions de mobilité, à mixer toutes ces formes de mobilité plutôt que d’avoir une solution unique, et d’analyser tous ces coûts. Quand je regarde mes coûts de mobilité, je vois plusieurs millions d’euros mobilisés par la flotte de véhicule. Pourquoi ne pas repenser l’utilité d’un véhicule de fonction quand on sait que certains collaborateurs laissent ce véhicule dormir 90% du temps sur un parking ? »

De son côté, Benjamin Giovanni n’anticipe pas d’augmentation des prix des VTC « car on a beaucoup de chauffeurs connectés par rapport à la demande ».

5. Un tournant pour les mobilités urbaines ?

Pour Sandra Lévy, la crise sanitaire doit être un catalyseur du changement. Elle compte bien profiter de la récente loi LOM (Orientation des Mobilités) et du nouveau forfait mobilités : « on veut repenser le déplacement en alliant RSE et partage, RSE et innovation avec un patchwork de solutions que nos collaborateurs pourraient choisir. C’est aussi important pour attirer de nouveaux collaborateurs et pour les fidéliser. Sous quelle forme ? Je ne sais pas encore mais on est en train de se pencher par exemple sur le vélo de fonction ou la trottinette de fonction ».

Arnaud de Lamezan insiste lui de son côté sur l’hybridation des véhicules de fonction. Il explique « travailler avec les RH pour que les collaborateurs qui peuvent recharger les véhicules de fonction hybrides chez eux puissent bénéficier d’une indemnité forfaitaire mensuelle, de cette manière les trajets pendulaires pourraient se faire totalement électriquement ».

Pour Benjamin Giovanni, « on parle de plateforme MaaS (mobility as a service) depuis plusieurs années mais la crise accélère le besoin. Les priorités ont changé avec le duty of care. Plus que jamais l’intermodalité va répondre aux besoins des collaborateurs. Ils veulent se sentir libres du moyen de transport qu’ils vont utiliser selon l’heure, la météo, l’impact environnemental et bien d’autres paramètres. On va donc imbriquer toutes nos applications de mobilités en une seule mobilité et la mettre bientôt à disposition du marché français ».

Jean-Philippe Doyen confirme également ce « fort besoin d’innovation, chez les prestataires comme chez les TM et les acheteurs. » Et d’ajouter : « on va en effet vers plus d’intermodalité mais pas seulement, une mobilité différenciée selon l’usage. Je crois qu’on va trouver des solutions plus intelligentes d’un point de vue RSE, durable et économique, en utilisant le bon mode de déplacement au bon moment ».

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM