L’énième essor du bleisure, vraiment ?

Le bleisure est de retour et ça devient lassant. Plus intéressant peut-être est le développement du travail depuis n’importe où. 

Le bleisure, c’est la tarte à la crème du voyage d’affaires. Depuis 30 ans que j’écris sur ce secteur d’activité (pas de remarque désobligeante je vous prie), je tombe régulièrement sur quelqu’un ou sur un communiqué de presse qui essaient de me convaincre que le bleisure, horrible contraction de business (« affaires ») et leisure (« loisirs »), est en plein boom. Sans que des chiffres probants ou des études sérieuses ne le confirment jamais. 

Avec le Covid, les thuriféraires du bleisure sont de retour et nous annoncent, telle l’apparition de la Vierge, son avènement à la faveur de la pandémie. Début mai, le site The Company Dime rapportait les propos d’un dirigeant d’American Airlines (AA) qui déclarait fin avril : « Avant la pandémie, 20 à 25% des voyages sur AA étaient considérés comme mixtes (affaires/loisirs), depuis 5 à 6 mois ce sont 50 à 55% des voyages qui le sont ». Toujours la même méthode, des chiffres sortis de nulle part, invérifiables et dont on ne sait ce qu’ils recouvrent. Et dans de telles proportions, est-ce bien raisonnable ? 

Dans le même article, Drew Crawley, directeur commercial d’Amex GBT, douchait les espoirs de son collègue : « Les clients consacrent le temps nécessaire à leurs déplacements professionnels et ne s’attardent pas. (…) Le bleisure restera un phénomène marginal ». Et bing ! 

Le voyage d’affaires a besoin de revenus supplémentaires et certains de ses fournisseurs ont tout intérêt à encourager ces comportements mais les faits sont têtus, cela continue de concerner une petite minorité de voyageurs d’affaires.

Plus intéressant en revanche est peut-être le développement du concept Work From Anywhere (WFA), littéralement « travailler depuis n’importe où ». Pas de bureau, ni d’horaires à respecter, ce mode de travail flexible offre la possibilité de travailler où on veut, quand on veut. 

Avec la pandémie et le télétravail, le phénomène a pris de l’ampleur. Il a même franchi un palier fin avril lorsque les salariés d’Airbnb ont reçu un mail du Pdg et cofondateur de la plateforme, Brian Chesky, dont Business Travel News a révélé la teneur. Brian Chesky permet désormais aux employés de travailler dans 170 autres pays pendant 90 jours à la condition que les équipes puissent se réunir pendant une semaine chaque trimestre. Révolutionnaire !

Le media américain nous dit qu’Airbnb n’est pas seul dans ce cas. « La société de commerce électronique Shopify et le fournisseur de services de paiement Wise autorisent également leurs collaborateurs à travailler à l’étranger jusqu’à 90 jours par an ». Problème : ce type de décision crée une montagne de complexités fiscales et légales, sans compter les difficultés liées à la responsabilité de l’entreprise ou celles de jongler avec les fuseaux horaires. Attention aussi : ce type d’organisation concerne avant tout le secteur du digital qui nécessite pour tout support un ordinateur et une connexion internet. 

Mais il n’empêche et on le répète dans ces colonnes : les nouvelles formes de travail et les nouvelles aspirations des salariés, notamment des jeunes générations, vont nécessiter à terme une inévitable adaptation des programmes voyages. 

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM

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