La visioconférence fatigue, surtout les femmes

La visioconférence fatigue, surtout les femmes

L’épuisement professionnel est réel, et il est pire pour les femmes. A tel point que le terme «fatigue Zoom» est entré dans le lexique des entreprises. 

Olivier Sibony, vous connaissez ? Ex-senior partner chez McKinsey, professeur de stratégie à HEC, à la London Business School et à Oxford, le bonhomme a de solides références. Et sa chronique chaque semaine intitulée 30 second MBA dans l’excellente lettre quotidienne TTSO (Lire ici) est souvent drôle et toujours instructive.

Celle du 21 avril dernier expliquait l’épuisement que provoquent les visioconférences. Olivier Sibony, s’appuyant sur les travaux de chercheurs de Stanford (Lire ici), résumait ainsi non sans humour les quatre raisons principales :

« Un : le “eye contact” en gros plan évoque une situation de conflit intense (deux secondes avant que le Neandertal d’en face ne vous éclate la tête). Deux : se voir dans le miroir tout le temps est stressant (p…, ce bouton sur le nez). Trois : le champ de vision restreint de la caméra nous cloue sur place et nous prive de mouvement physique. Quatre : l’effort pour recréer de la communication non verbale est épuisant (pour qu’on vous voie hocher la tête, il faut la secouer comme un maniaque) ».

Expliqué plus en détail dans un très bon article du New York Times du 13 avril (Lire ici), cette fatigue est encore plus accentuée chez les femmes. Dans leur enquête la plus récente menée auprès de plus de 10000 participants, les chercheurs ont constaté que les femmes déclarent en moyenne 14% de fatigue en plus.

Les femmes subiraient ainsi davantage l’anxiété du miroir, un phénomène psychologique selon lequel se voir dans un miroir peut déclencher une focalisation accrue sur soi, ce qui engendre plus d’anxiété et de dépression. Les femmes ont également déclaré être beaucoup plus conscientes de leurs signaux non verbaux que les hommes, ce qui, selon les chercheurs, augmente la charge cognitive.

Prise très au sérieux aux Etats-Unis, la « fatigue Zoom » est désormais combattue par certaines entreprises. Jane Fraser, directrice générale de Citigroup, a instauré une nouvelle règle sur le lieu de travail : pas de visioconférences le vendredi. Elle a appelé cette règle « Zoom-free Fridays ». Arvind Krishna, le directeur général d’IBM, encourage au maximum la désactivation de la vidéo lors des réunions en visioconférences et la réduction de ces dernières à 20 ou 45 minutes au lieu de 30 à 60 minutes. En somme, un vrai plaidoyer pour le retour des voyages d’affaires !

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM

Que pense Zoom de l’évolution du voyage d’affaires ?

Que pense Zoom de l’évolution du voyage d’affaires ?

C’est la très bonne question posée par Matthew Parsons, le journaliste de Skift au patron de Zoom, la nouvelle star de la visioconférence.
Dans son article, on y apprend d’abord que la société, passée de 10 millions d’utilisateurs quotidiens en décembre à 300 millions en avril (!), n’a pas de travel manager ni de TMC attitrée malgré un effectif de 2800 personnes. « Nous limitons les voyages au minimum, en raison de la nature de ce que nous vendons », déclare ainsi Phil Perry, patron de Zoom pour le Royaume-Uni et l’Irlande. Selon lui, la plupart des voyages d’affaires peuvent être remplacés par de la visioconférence mais il reconnait toutefois la valeur des réunions en face-à-face. Surtout pour les visites aux clients, « seuls déplacements véritablement nécessaires ». Et de détailler les avantages de Zoom : « nous créons de l’efficacité car la vidéo force les gens à aller droit au but, et nous permettons la réduction des émissions de carbone en évitant des déplacements ». L’argument est opportun, voire opportuniste, mais c’est oublier un peu vite l’impact carbone de l’économie numérique qui serait, si l’on en croit certains chiffres, supérieur à celui du transport aérien.

François-Xavier Izenic, rédacteur associé de l’AFTM