Convention Nationale du 30 mai

Évolution des relations TMC/Fournisseurs : quel impact pour les entreprises ?

Fragmentation des contenus, distribution directe, choix technologiques, revenus fragilisĂ©s
 : comment les nouveaux liens qui (dĂ©s)unissent les TMC Ă  leurs fournisseurs vont imposer aux entreprises de revoir leurs stratĂ©gie d’achat et de rĂ©fĂ©rencement ? 

13h15 – 14h00

Accueil des participants 

14h00 – 15h15

Les connectivités NDC : impacts et enjeux pour les TMC et les entreprises

15h15 – 16h00

Intervention de Laurent Abitbol, Président de Marietton Développement, Havas Voyages et Selectour

16h00 – 16h15

Pause café

16h15 – 16h30

La météo de la location de voitures by SIXT

16h30 – 18h15

Évolution des relations TMC/Fournisseurs : quel impact pour les entreprises ?

18h15 – 20h

Cocktail networing đŸ„‚




un événement organisé grùce à Hilton

Zoom sur l'atelier Selectour

Les connectivités NDC :
impacts et enjeux pour les TMC et les entreprises

Ils animeront cet atelier :

  • Patricia Morosini, Directrice du Business Travel, Selectour
  • ThadĂ©e Nawrocki, General Manager Sales France & Luxembourg, Lufthansa Group
  • LaĂ«titia PairigouĂąs, Head of Sales Department, WonderMiles Group

Un atelier organisé par Selectour Affaires en collaboration avec WonderMiles et Lufthansa Group.

Thierry de Bailleul : « La visio remplacera surtout des voyages courts »

Le vice-prĂ©sident des ventes Europe de Qatar Airways a rĂ©pondu Ă  nos questions pour ces 7e Entretiens de l’AFTM. Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes. 

Quel plan de vol au départ de Paris ?

« On a Ă©tĂ© la compagnie aĂ©rienne qui a le plus volĂ© depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie bien qu’on ait rĂ©duit bien sĂ»r nos capacitĂ©s. On continue d’opĂ©rer au dĂ©part de Paris deux vols par jour. Si on voit la demande chuter, on rĂ©duira. Mais on veut respecter nos engagements, on n’est pas une compagnie qui annule ses vols en derniĂšre minute, ou trĂšs rarement. On tient Ă  ce respect et Ă  cette stabilitĂ© des programmes. »

Quel protocole sanitaire ?

« Nos procĂ©dures sanitaires ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©es avec la cinquiĂšme Ă©toile au classement Covid-19 de Skytrax. Il faut signaler aussi que le hub de Doha est devenu dans le mĂȘme temps le premier aĂ©roport Ă  dĂ©crocher 5 Ă©toiles dans le classement Airport Security. Ce qui veut dire qu’il y a une parfaite synergie entre l’aĂ©roport de Doha et Qatar Airways. On va plus loin que les autres compagnies : nos Ă©quipages revĂȘtent une combinaison qui permettent de limiter les contagions, les nettoyages cabines se font avec un robot qui passe dans les allĂ©es au moment de l’escale, son systĂšme d’ultraviolet neutralisant virus et bactĂ©ries
 RĂ©sultat : notre taux d’infection Ă  bord est de 0,018%, soit l’un des plus bas de l’industrie. Vous ĂȘtes moins exposĂ© Ă  l’intĂ©rieur d’un de nos avions que nulle part ailleurs. » 

Quel certificat sanitaire ?

« Nous sommes la premiĂšre compagnie Ă  utiliser la solution digitale Travel Pass de IATA. Elle lĂšve tous les dĂ©bats sur l’éthique ou la protection des donnĂ©es car c’est le voyageur lui-mĂȘme qui est maĂźtre de l’information. Quand vous le prĂ©sentez Ă  l’enregistrement ou ailleurs, il y a juste une mention : « Ok to board ». Ce qui signifie que le passager a respectĂ© toutes les obligations du pays au dĂ©part et Ă  l’arrivĂ©e. L’application vĂ©rifie que toutes les cases sont cochĂ©es. » 

Quelles conditions commerciales ?

« Il faut donner confiance, et donc maintenir les conditions commerciales. Tous nos billets sont entiĂšrement flexibles. Aucune contrainte de remboursement. En 2020, on a remboursĂ© 1,6 milliards d’euros de billets, c’est Ă©norme ! On ne rechigne pas. Et on espĂšre gagner la fidĂ©litĂ© des clients Ă  travers tous ces gestes. » 

Quelles actions pour le marché corporate ?

« Nos forces de vente sont sur le terrain. On a un certain nombre de contrats firmes qu’on est en train de prolonger compte tenu de la situation. Bien sĂ»r la demande est plus faible, c’est difficile de la stimuler mais on est lĂ . Il y a une opportunitĂ© pour les travel managers et les acheteurs : comme on est en pĂ©riode de restriction budgĂ©taire, je leur dis d’essayer le voyage en classe affaires via Doha et non en direct. Cela leur coĂ»tera 30 Ă  40% moins cher, avec un produit de qualitĂ©. »

Le vol avec escale, un risque ?

« Si l’aĂ©roport est parfaitement alignĂ© avec les procĂ©dures de la compagnie, vous avez une sorte de couloir sanitaire ultra protĂ©gĂ©, et c’est le cas avec Doha. On peut ĂȘtre une compagnie indirecte et avoir les taux de contamination les plus bas du marchĂ©. » 

Une guerre des prix à venir ?

« Si c’est le cas, elle devrait dĂ©jĂ  avoir eu lieu, or les prix ne sont pas passĂ©s sous un seuil dĂ©raisonnable. Les compagnies ont dĂ©jĂ  perdu beaucoup d’argent. La demande se stimule aussi par la sĂ©curitĂ©, la qualitĂ© et le critĂšre environnemental. »

Le marché affaires : une baisse inéluctable ?

« Je suis sceptique sur cette prĂ©diction d’une chute du business travel. Il y a un moment oĂč il faut rencontrer les gens, ce n’est pas qu’une affaire de prix ou de produit. Le business, ce n’est pas seulement la dimension froide de la relation mais aussi la dimension chaude, donc la relation humaine. Bien sĂ»r la visioconfĂ©rence remplacera des voyages mais surtout des voyages courts. »

Quelle place pour l’écologie ?

« Elle va ĂȘtre de plus en plus importante. Les travel managers y sont de plus en plus sensibles. Comment peuvent-ils s’y retrouver ? En regardant la structure des flottes des compagnies, anciennes ou rĂ©centes, et en observant les organismes qui font des comparaisons entre compagnies. Qatar mise beaucoup sur les A350 (elle en a 53 et elle en a commandĂ© d’autres) qui sont les avions les plus Ă©conomes en carburant sur des trajets long-courriers. Ils ont en moyenne 2 ans et demi d’anciennetĂ©, or je rappelle que l’ñge moyen de la flotte IATA se situe entre 12 et 14 ans. Un A380 c’est deux fois plus de carburant Ă  l’heure de vol qu’un A350. Ce sont des choses qui peuvent guider. Les dix A380 de Qatar ne voleront pas tant que ce n’est pas justifiĂ©. Et il ne l’est plus Ă©conomiquement et d’un point de vue environnemental. »

François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de l’AFTM

 

Comment conduire des appels d’offres dans ce contexte instable ? 


 

C’est un sujet trĂšs attendu auquel s’est attelĂ© l’AFTM dans son webinar du 17 dĂ©cembre dernier. Six intervenants ont rĂ©pondu aux questions de l’animateur François-Xavier Izenic : Antoine Delesalle, directeur des ventes d’American Express GBT, Emmanuel Ebray, directeur gĂ©nĂ©ral Europe de l’Ouest de HRS, Guillaume Ridolfi, directeur du business development chez SAP Concur, Christophe Roth, directeur des missions business travel au sein du groupe Epsa, Jacques de VilleplĂ©e, directeur commercial de Sixt, et Bertrand Lacotte, directeur des achats indirects Groupe chez Capgemini, et membre du comitĂ© de dĂ©veloppement de l’AFTM.

Pourquoi mener aujourd’hui un appel d’offres ? 

Bertrand Lacotte : « La vie se poursuit et, en dĂ©pit de la crise du Covid, on doit continuer Ă  faire notre mĂ©tier d’acheteurs. Il faut donc maintenir et renforcer la relation avec les fournisseurs pour savoir oĂč ils en sont, pour connaitre l’état du marchĂ© et ses perspectives. Dans cette idĂ©e, on a rĂ©alisĂ© un appel d’offres hĂŽtels car on a des contrats annuels et on a besoin d’avoir des prix pour 2021. Mais au-delĂ  des prix, on veut ĂȘtre dans une logique du voyager moins mais mieux, avec notamment la rĂ©duction de notre empreinte carbone. Cet appel d’offres est donc davantage un axe de discussion avec les fournisseurs pour savoir ce que l’on fait ensemble dans les 12 mois qui viennent. » 

Christophe Roth : « Les fournisseurs accueillent favorablement les appels d’offres car c’est la continuitĂ© de la relation, l’occasion de se mettre Ă  jour sur un certain nombre de sujets. »

Antoine Delesalle : « Les entreprises s’inquiĂštent de la santĂ© financiĂšre du fournisseur : « je vais m’engager sur trois ans, mais est-ce que dans six mois ou un an, vous serez toujours là ? » On a donc plutĂŽt des discussions constructives aujourd’hui pour savoir quelles sont nos contraintes, nos perspectives et les enjeux. C’est une recherche de comprĂ©hension des partenaires. » 

Guillaume Ridolfi : « La question de la santĂ© financiĂšre du fournisseur est en effet devenue centrale : « comment vous inscrivez-vous dans un partenariat de longue durĂ©e ? » Mais aussi des questions sur l’éco-systĂšme avec lequel on travaille, est-il solide, fiable et s’inscrit-il lui-mĂȘme dans la durĂ©e. »

Emmanuel Ebray : « Quand on est contact avec ces acheteurs, en France ou Ă  l’international et quelle que soit la taille de leur programme, il y a de l’incertitude sur les mois Ă  venir mais il y a la volontĂ© de maĂźtriser ce qui est maitrisable : les protocoles sanitaires, les coĂ»ts, mais aussi avoir plus de flexibilitĂ© dans la nĂ©gociation. » 

Jacques de VilleplĂ©e : « On a Ă©tĂ© consultĂ© par des entreprises qui sont engagĂ©es sur plusieurs annĂ©es avec des concurrents. Ils sont venus nous voir en disant : « on a une crainte sur la soliditĂ© financiĂšre de notre partenaire, sur sa capacitĂ© Ă  fournir la mĂȘme qualitĂ© de services, donc on vous consulte pour savoir si vous ĂȘtes capable de complĂ©ter l’offre de services que nous avons pour nos collaborateurs. » Ce n’est donc pas un appel d’offres en tant que tel avec un cahier des charges bien prĂ©cis, mais l’expression d’un besoin prĂ©cis qui demande un accompagnement. »  

L’appel d’offres sert-il nĂ©anmoins Ă  nĂ©gocier de meilleurs tarifs ?

Bertrand Lacotte : « A de rares exceptions, tous les marchĂ©s penchent en faveur des acheteurs mais une Ă©conomie significative a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par la baisse drastique des volumes, ce ne sont donc pas les prix qui font aujourd’hui l’amĂ©lioration des coĂ»ts de l’entreprise. NĂ©gocier les meilleurs prix du monde appliquĂ©s Ă  un volume faible voire nul, ça ne changerait rien. » 

Christophe Roth : « C’est clairement un marchĂ© d’acheteurs, et la baisse de la demande a un impact sur les prix. Sur l’hĂŽtellerie, on a une baisse du tarif moyen de 20%, ce qui est consĂ©quent. Sur l’aĂ©rien aussi, on voit une baisse des tarifs. Concernant les agences de voyages, lĂ  aussi on voit la nĂ©cessitĂ© de compenser des pertes de volumes, on observe donc beaucoup de compĂ©titivitĂ© dans les appels d’offres menĂ©s depuis le mois de mars. Oui, il y a des opportunitĂ©s financiĂšres, on ne va pas se le cacher. »

MalgrĂ© le manque de visibilitĂ©, peut-on s’engager sur des volumes ?

Christophe Roth : « En moyenne sur l’annĂ©e 2020, l’activitĂ© se situe entre 25 et 30% de celle de 2019. La reprise se profile au plus tĂŽt au deuxiĂšme semestre 2021, avec des niveaux de 40 Ă  50%. Et le retour aux volumes historiques ne devrait pas arriver avant 2023. Sur la base de ces chiffres, les clients veulent de moins en moins s’engager sur des volumes et du cĂŽtĂ© des fournisseurs, on veut de moins en moins s’engager sur des Ă©conomies. La clĂ©, c’est de s’engager sur du long terme car la reprise sera lĂ  Ă  long terme. »

Bertrand Lacotte : « D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on ne s’engage jamais sur des volumes, mais notre taille nous le permet. Il faut sortir de cette approche un peu simpliste qui lie volume et rĂ©duction de prix. Et on le fait d’autant moins sur cette pĂ©riode dans laquelle on ne sait pas oĂč on va. Sur quoi peut-on jouer ? Sur la part de marchĂ©. Je peux ainsi m’engager sur une promesse de concentrer ma dĂ©pense et de choisir certains partenaires car je ne vais pas pouvoir alimenter tout le monde. Je peux aussi m’engager sur une promesse de redĂ©marrage. Quels sont mes atouts, au-delĂ  des volumes, dans la phase de redĂ©marrage ? Le secteur bancaire et des services est identifiĂ© comme Ă©tant l’un des premiers Ă  redĂ©marrer, on reprĂ©sente donc un intĂ©rĂȘt pour les fournisseurs. Notre objectif : devenir le client prĂ©fĂ©rĂ© de ces fournisseurs. » 

Les fournisseurs ont-ils les ressources pour rĂ©pondre aux appels d’offres ?

Antoine Delesalle : « Nous n’avons pas les moyens de rĂ©pondre Ă  autant d’appels d’offres que par le passĂ© car nous avons de l’activitĂ© partielle. Sur 2020, il y a eu une recherche de compromis avec beaucoup d’entreprises pour Ă©tendre la durĂ©e de l’appel d’offres, pour faire preuve de souplesse sur la fourniture de certains Ă©lĂ©ments. Il est important de prĂ©parer l’appel d’offres avec les fournisseurs retenus bien en amont de l’appel d’offres. Est-ce que vous allez ĂȘtre crĂ©ateur de valeur par rapport Ă  mon besoin ? Quand on reçoit un appel d’offres qui n’a pas Ă©tĂ© anticipĂ©, dans lequel la crĂ©ation de valeur n’est pas naturelle, la question de la sĂ©lectivitĂ© va alors se poser. »

Bertrand Lacotte : « De fait, avant de lancer un appel d’offres, il faut du rĂ©pondant. Car il faut ĂȘtre deux pour mener une bataille vertueuse. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale on a eu du rĂ©pondant, notamment dans l’hĂŽtellerie. Mais si on avait lancĂ© un appel d’offres aĂ©rien, je pense qu’on aurait Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  peu ou pas de rĂ©pondant des compagnies aĂ©riennes qui ont fait face Ă  des rĂ©ductions drastiques de personnel ou du travail partiel. »

Emmanuel Ebray : « On a un taux de rĂ©ponse de 92% des hĂŽtels pour nos clients. Cela dĂ©pend de la communication en amont qui est faite pour informer les chaines et les indĂ©pendants, et on a vu cette annĂ©e les acheteurs s’impliquer davantage en faisant des vidĂ©os qui ont Ă©tĂ© visionnĂ©es par les hĂŽtels auditionnĂ©s pour expliquer la stratĂ©gie de l’entreprise, les volumes, les critĂšres clĂ©s, la volonté  Une implication qui a, en retour, mobilisĂ© les hĂŽtels. »   

Christophe Roth : « Quand on fait le parallĂšle entre les appels d’offres aĂ©riens et hĂŽteliers, la rĂ©activitĂ© est beaucoup plus forte du cĂŽtĂ© des hĂŽteliers. Le chĂŽmage partiel au sein des compagnies aĂ©riennes y est encore plus massif qu’ailleurs. On a des dĂ©lais plus longs, des compagnies qui ont prĂ©fĂ©rĂ© Ă©tendre les tarifs plutĂŽt que de repartir sur de nouvelles bases, et c’est finalement l’approche privilĂ©giĂ©e par les entreprises : ne pas investir sur ces sujets, faire une extension sur 2021, et voir quand l’activitĂ© reprendra. Mais pour Ă©viter des embouteillages Ă  l’avenir, on commence Ă  voir des appels d’offres aĂ©riens. Les compagnies les acceptent volontiers, c’est l’occasion de renouer le contact. »

Guillaume Ridolfi : « On a fait le choix de ne pas rĂ©duire nos ressources pour rĂ©pondre aux appels d’offres car on a l’énorme chance d’avoir des capacitĂ©s financiĂšres qui nous permettent de maintenir l’emploi. Je n’ai pas vu tant de « no go » Ă  l’intĂ©rieur de notre Ă©cosystĂšme de partenaires lors d’appels d’offres. Mais j’ai vu des rĂ©ponses qui n’étaient pas Ă  la hauteur de l’enjeu. Il ne faut pas oublier qu’on a beaucoup de nos confrĂšres qui sont en train de jouer leur survie et si vous ne rĂ©pondez pas Ă  un appel d’offres, vous limitez vos chances de passer cette crise et d’aborder dans les meilleures conditions possibles la reprise Ă  venir. Mais parfois ils n’arrivent pas Ă  rĂ©pondre de maniĂšre efficace car l’appel d’offres n’a pas Ă©tĂ© construit en tenant compte du contexte. Un appel d’offres trop complexe rend les choses trĂšs difficiles pour les fournisseurs. »

Jacques de VilleplĂ©e : « Il y a deux types de positionnement : soit on se replie sur soi et on attend que ça passe, soit on a une dynamique offensive. C’est ce que nous avons choisi. Et la notion de co-construction des appels d’offres est capitale. »  

Sur quels critÚres sélectionner les fournisseurs à auditionner ? 

Bertrand Lacotte : « Concernant les hĂŽtels, on est clairement passĂ© d’une logique de pĂ©nurie (on a dĂ» Ă©tendre le pĂ©rimĂštre car de nombreux hĂŽtels de proximitĂ© Ă©taient fermĂ©s) Ă  une logique de rapprochement des points nĂ©vralgiques en choisissant des Ă©tablissements au plus proche de nos bureaux et de ceux de nos clients. On est davantage dans une logique de coĂ»ts complets : plus je suis proche de mes points nĂ©vralgiques, moins j’ai besoin de transports terrestres complĂ©mentaires comme le taxi. La logique de sĂ©curitĂ© sanitaire pour nos employĂ©s nous conduit par ailleurs Ă  nous rapprocher des chaines qui sont en mesure de nous rassurer sur leurs capacitĂ©s et sur la mise en Ɠuvre des protocoles sanitaires stricts. Et enfin, notre politique voyages nous autorisant Ă  utiliser des acteurs comme Airbnb car on a une population jeune, on rĂ©oriente nos employĂ©s vers des chaines traditionnelles pour des raisons sanitaires. »

Christophe Roth : « Dans l’aĂ©rien, on se concentre sur quelques routes stratĂ©giques pour le client, bien souvent ce sont des routes internationales ou alors des ajustements sur le domestique car les parts de marchĂ© ont Ă©tĂ© revues avec le train. Ce sont donc des ajustements Ă  la marge et non une refonte complĂšte. » 

Quelles Ă©volutions du contenu des appels d’offres ?

Antoine Delesalle : « Cela fait des annĂ©es qu’on parle de RSE dans le voyage mais elle fait dĂ©sormais partie des critĂšres de choix. Cela devient une norme, il faut donc avoir une rĂ©ponse fiable Ă  apporter. DeuxiĂšme point : la roadmap. Allez-vous la tenir ? Quelle est la capacitĂ© des fournisseurs Ă  dĂ©livrer rĂ©ellement la roadmap et les innovations qu’ils ont dĂ©cidĂ© par le passé ? TroisiĂšme point : on essaie de faire comprendre Ă  nos clients que tout baser sur le transactionnel quand il n’y a plus de transaction, ce n’est plus possible. Il n’y a pas qu’un modĂšle aujourd’hui, on essaie donc de mettre en place des modĂšles qui rĂ©pondent au besoin des entreprises et qui crĂ©ent de la valeur. »

Emmanuel Ebray : « La structure tarifaire change car les taux d’occupation seront loin en 2021 d’ĂȘtre au niveau de ceux de 2019. La LRA (derniĂšre chambre disponible) n’a plus de raison d’ĂȘtre, plus besoin non plus de petits dĂ©jeuners ou alors sous une autre forme, en revanche besoin de flexibilitĂ© en termes d’annulation voire de parking. Donc on voit une Ă©volution du mix prix. Autre Ă©lĂ©ment : interrogation des acheteurs sur toutes les normes sanitaires, car il y eu beaucoup d’initiatives diffĂ©rentes des hĂŽtels, cela a rendu les choses un peu complexes du point de vue des acheteurs. Enfin, les tarifs fixes sont la seule rĂ©ponse pour garantir de rester dans le budget. On peut ajouter d’autres types de tarifs, comme les tarifs dynamiques, pour optimiser tout ça mais la logique de purs tarifs dynamiques ne permet pas d’ĂȘtre en contrĂŽle sur la dĂ©pense hĂŽtels. Donc un mix des deux mais avec la nĂ©cessitĂ© de garder des tarifs fixes sur les destinations principales. » 

Guillaume Ridolfi : « La RSE devient un sujet central comme le duty of care, mais aujourd’hui, dans le contexte sanitaire que l’on connait, on n’a plus le choix que d’adresser ces deux sujets de maniĂšre industrielle et pĂ©renne. On a aussi beaucoup de questions autour du ROI, par exemple sur la rĂ©cupĂ©ration de la TVA. Et puis autre sujet fort : comment gĂ©rer le dĂ©confinement ? Comment mes partenaires vont-ils gĂ©rer eux-mĂȘmes le dĂ©confinement et m’aider dans ma dĂ©marche ? Comment je m’assure d’une bonne reprise de mes voyages avec la bonne stratĂ©gie, les bons outils et le bon accompagnement ? »

Jacques de VilleplĂ©e : « La RSE bien sĂ»r, le voyager mieux, la digitalisation, sont les sujets principaux. Je ne parlerais pas de tarifs dynamiques mais de collaboration dynamique. Prendre en compte la contrainte des deux partenaires peut ĂȘtre intĂ©ressant dans l’appel d’offres. Dans le monde de la location de voitures, vous avez le fameux pic du mercredi, l’ensemble de vos collaborateurs se dĂ©place trĂšs souvent le mardi et le mercredi, un peu moins le jeudi. Pour nous, c’est compliquĂ© car nos voitures sont un peu moins utilisĂ©es le lundi, le jeudi et le vendredi. Comment pourrait-on mieux lisser l’offre et la demande ? Cela nous permettrait de travailler sur une offre diffĂ©rente, avec un impact sur les prix et on serait sur du gagnant-gagnant. »

Compte tenu de l’absence de visibilitĂ©, les contrats signĂ©s aujourd’hui seront-ils caducs demain ? 

Bertrand Lacotte : « On voit bien l’accĂ©lĂ©ration des rythmes, l’incertitude, on doit entrer dans des logiques dynamiques, la stabilitĂ© Ă  long terme n’existera plus. Les contrats ne changeront pas la rĂ©alitĂ©, c’est la rĂ©alitĂ© qui doit se transcrire dans les contrats. Je ne serai pas surpris qu’on ait un redĂ©marrage exceptionnel dans le voyage, et de fait les conditions ne seront pas caduques par dĂ©faut mais par excĂšs. Ce sont les bonnes nouvelles qui nous feront rediscuter ensemble ce qu’on aura nĂ©gociĂ©. »

Christophe Roth : « Avec le fournisseur, on ne signe pas un contrat sur trois ou cinq ans sans se parler rĂ©guliĂšrement. Cela nĂ©cessite de faire des points sur l’activitĂ©, il y a une flexibilitĂ© attendue car les volumes peuvent baisser Ă  nouveau s’il y a une troisiĂšme vague, mais a contrario il peut y avoir un effet de rattrapage. On peut mettre des clauses de flexibilitĂ© dans les contrats mais le relationnel est le plus important. »

François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de l’AFTM

Dimitri Tsygalnitzky : « 2021 sera l’annĂ©e du MaaS »  

 

Le vice-prĂ©sident de Free Now For Business a rĂ©pondu Ă  nos questions pour ces sixiĂšmes « Entretiens de l’AFTM ». Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes.  
 

Quelle activité en 2020 ?

« On est Ă  moins 40% depuis le dĂ©but de l’annĂ©e par rapport Ă  l’annĂ©e derniĂšre car on est un peu moins dĂ©pendant que le reste de l’industrie au voyage au sens large. Moins de 20% de nos courses en temps normal (5% aujourd’hui) concernent des trajets vers ou depuis les aĂ©roports ou gares. En revanche, le couvre-feu ne nous arrange pas, car 40% de nos courses s’effectuent entre 21h et 6h du matin. » 
 

Quels protocoles sanitaires ? 

« Nous avons 25 000 chauffeurs sur la France, 20 000 ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s de vitres de protection. On limite les courses Ă  3 passagers maximum, donc pas de passager Ă  l’avant, 3 passagers qui se connaissent bien sĂ»r. Je remarque que nous avons eu d’ailleurs pas mal de nouveaux utilisateurs ces derniers mois, des habituĂ©s des transports publics qui ont Ă©tĂ© rassurĂ©s par nos mesures d’hygiĂšne. » 
 

La crise a-t-elle impactée les prix ?

« Le prix de course moyen est normalement d’une vingtaine d’euros, il tourne aujourd’hui autour de 17 euros. Je prĂ©cise que notre temps moyen d’attente est aujourd’hui de trois minutes, c’est trĂšs positif. »
 

Quelles prévisions pour 2021 ?

« Il n’y a que deux types de plan, les mauvais et les chanceux. C’est particuliĂšrement vrai en cette pĂ©riode. Mais on prĂ©voit nĂ©anmoins un dĂ©but d’annĂ©e trĂšs soft avant une accĂ©lĂ©ration au printemps. »
 

Pourquoi ce passage sous la banniÚre Free Now ?

« Nos deux actionnaires, BMW et Daimler, ont souhaitĂ© faire converger toutes les entitĂ©s au sein d’une mĂȘme application, Free Now, et d’une mĂȘme Ă©quipe. La France Ă©tait la derniĂšre Ă©tape, rĂ©alisĂ©e le 15 septembre dernier. »
 

Ce passage modifie-t-il l’offre « affaires » ? 

« Avec Free Now, on ajoute deux avantages : la couverture gĂ©ographique car on est prĂ©sent dans plus de 100 villes Ă  travers 10 pays en Europe sur la mĂȘme application, et on double nos Ă©quipes de dĂ©veloppeurs, on va donc apporter plus de bĂ©nĂ©fices pour les voyageurs et les travel managers. Ce qui ne change pas pour nos 3500 entreprises clientes en France : des tarifs compĂ©titifs, un temps d’attente le plus rĂ©duit possible, la qualitĂ© de service. »
 

Free Now bientÎt racheté par Uber ?

« Ce qui est public, c’est que Uber s’intĂ©resse au leader europĂ©en mais les deux actionnaires de Free Now ne sont pas alignĂ©s sur la marche Ă  suivre. Ce que je peux dire, c’est que c’est un marchĂ© trĂšs compĂ©titif, Ă©valuĂ© Ă  300 milliards d’euros (630 milliards d’euros pour le marchĂ© aĂ©rien), forcĂ©ment tout le monde s’intĂ©resse Ă  ce marchĂ© de la mobilitĂ©, et cela semble logique que plusieurs acteurs souhaitent se consolider sur ce marchĂ©. Je pense que Free Now va conforter ses positions dans les annĂ©es Ă  venir, soit en rachetant un concurrent, soit en faisant une levĂ©e de fond, soit en s’associant avec d’autres acteurs, soit en se faisant racheter. Mais Uber a dĂ©jĂ  des parts de marchĂ© importantes et pourrait se retrouver en situation de monopole. Bref, je ne pense pas qu’il se passe beaucoup de choses dans les 18 Ă  24 mois qui viennent. »
 

Des objectifs de rentabilité reportés à cause de la crise ? 

« On passe d’un marchĂ© en recherche d’hyper-croissance Ă  un marchĂ© en quĂȘte de rentabilitĂ©. Les investisseurs attendent dĂ©sormais un retour sur investissement et notre objectif est d’ĂȘtre rentable dĂšs l’annĂ©e prochaine, en 2021. »
 

Quels changements à plus long terme le Covid a-t-il sur votre activité ?

« On a publié un livre blanc il y a quelques semaines, 3 tendances :

  • Accentuation du duty of care. 46% des collaborateurs ne veulent plus prendre les transports en commun et un certain nombre de travel managers veulent interdire les transports publics. 
  • Convergence entre le fleet management et le travel management. 
  • Tout le monde est Ă  la recherche de trĂ©sorerie, il faut donc offrir une flexibilitĂ© de paiement. »

 

Quelle stratégie sur le MaaS* ? 

« La force du MaaS, c’est de pouvoir comparer diffĂ©rents choix de mobilitĂ© en termes de prix, de temps de trajet et d’attente sur une mĂȘme interface. Le graal de tous les acteurs : pouvoir comparer et payer. Donc, pour un travel manager, il s’agira demain de gĂ©rer sa flotte automobile, son programme travel, le Pass Navigo des collaborateurs, leurs cartes essence
, dans des packs de mobilitĂ© par abonnement sur une mĂȘme application. Il reste encore du chemin Ă  parcourir mais je suis persuadĂ© que 2021 sera l’annĂ©e du MaaS ! »
 

Quels enjeux écologiques ?

« Notre ambition est de rĂ©duire de 50% par passager/km notre empreinte carbone dans les 4 ans qui viennent. On veut une flotte Ă  50% Ă©lectrique dans les 4 ans et 100% d’ici 2030 (aujourd’hui 10%). 
On aimerait aussi proposer et promouvoir une alternative à la voiture pour 50% de nos trajets les plus courts, entre un et trois km. »
 
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de l’AFTM
*MaaS : acronyme signifiant mobility as a service, il s’agit d’une application mulmodale d’information et de paiement qui permet d’avoir accùs à tous les modes de transport d’un territoire en un seul clic.   

Julien Kauffmann : « Un nouveau business model client par client »

Le Pdg France d’American Express GBT s’est prĂȘtĂ© Ă  l’exercice de l’interview pour ces troisiĂšmes « Entretiens de l’AFTM ». Voici quelques-unes de ces citations les plus marquantes.

 

Quelle reprise pour le voyage d’affaires ?

« AprĂšs le confinement, il y a eu une reprise, on est passĂ© d’une activitĂ© quasi-nulle Ă  30 ou 40% de l’activitĂ© de 2019. On anticipait avec le mois de septembre une deuxiĂšme progression, de 50 Ă  60%, c’était ce que nos clients nous disaient. Mais cette deuxiĂšme augmentation n’a pas lieu. On est restĂ© au mĂȘme niveau, 30 Ă  40%. »

Quelles entreprises voyagent ?

« Nous faisons face Ă  une situation trĂšs contrastĂ©e selon les clients : certains ont redĂ©marrĂ© trĂšs vite alors que d’autres ne voyagent pas du tout. L’entreprise qui voyage, c’est la PME qui n’a pas d’autre choix que de se dĂ©placer pour faire du business, d’aller sur le terrain, de rencontrer ses clients. C’est le cas aussi du service public et de certaines grandes entreprises industrielles. Les clients qui ne voyagent pas sont plutĂŽt des entreprises trĂšs internationales ou ceux qui ont des difficultĂ©s financiĂšres. »

Quel avenir à court terme ?

« Jusqu’à la fin de l’annĂ©e, il ne faut pas s’attendre Ă  une reprise plus forte qu’actuellement, soit 30 Ă  40% de l’activitĂ© 2019. Et en 2021, le scĂ©nario le plus plausible, c’est une activitĂ© Ă  50% de celle de 2019, 60% au mieux. »

Est-ce le signe de changements plus profonds ?

« Je ne le crois pas. Certes la visioconfĂ©rence aura un rĂŽle plus affirmĂ© mais je pense que globalement on aura un retour Ă  la situation antĂ©rieure. Ce ne seront peut-ĂȘtre pas les mĂȘmes personnes qui vont voyager, dans les mĂȘmes industries, dans les mĂȘmes conditions. Mais plus on avance dans la tĂ©lĂ©confĂ©rence et le tĂ©lĂ©travail, et plus on ressent le besoin de voyage de la part de nos clients. Le frein est aujourd’hui davantage au niveau de l’offre. »

Les TMC pointées du doigt pour leur gestion de la crise ?

« Nous, on a gĂ©rĂ©. La prioritĂ© numĂ©ro un : la santĂ© de nos collaborateurs. Tous ont travaillĂ© Ă  domicile. La deuxiĂšme priorité : la qualitĂ© de service, je suis intimement persuadĂ© qu’on fait la diffĂ©rence dans ces pĂ©riodes de crise. On a assurĂ© la continuitĂ© de service et la maintenance sur la partie online. On a montrĂ© notre rĂŽle de valeur ajoutĂ©e. Et notamment dans la gestion des rapatriements, des annulations… On a eu certes une pĂ©riode difficile en juillet car l’activitĂ© est revenue plus vite que nous le pensions, et on n’avait pas anticipĂ© que le nombre d’appels par transaction avait complĂštement changĂ©. Historiquement, on est Ă  0,8 appel par transaction, or on est passĂ© Ă  4 appels par transaction quand le confinement s’est arrĂȘtĂ©. On avait imaginĂ© une hausse bien sĂ»r mais pas celle-ci. On a donc eu une pĂ©riode de transition de 2 Ă  3 semaines et puis on a fait revenir les Ă©quipes Ă  50% sur l’ensemble des clients et mĂȘme au-delĂ  pour les clients qui ont repris davantage d’activitĂ©. »

Quelles suppressions d’emploi ?

« C’est la troisiĂšme prioritĂ© qu’on s’était fixé : maintenir les Ă©quilibres financiers chez Amex GBT. Le choix qu’on a fait est de s’adapter Ă  chaque marchĂ© et Ă  leur rythme de reprise. Et surtout il y a des mĂ©canismes d’aide aux entreprises qui sont trĂšs diffĂ©rents pays par pays. En France, on a eu la chance d’avoir un gouvernement qui trĂšs tĂŽt a mis en place des mesures de chĂŽmage partiel. AprĂšs c’est un dialogue qu’on doit avoir avec le gouvernement pour faire comprendre qu’on est durablement impactĂ© et qu’on a besoin d’ĂȘtre accompagnĂ©. Et Ă©viter ainsi les licenciements. »

Un nouveau rÎle pour la TMC ?

« La crise a accĂ©lĂ©rĂ© certaines tendances tel le rĂŽle de la TMC en tant que partenaire business des entreprises. On n’est pas lĂ  uniquement pour faire des transactions mais pour accompagner les entreprises, rĂ©soudre leurs problĂšmes. On a pu le montrer pendant la crise. La dimension on-off a Ă©tĂ© renforcĂ©e, c’est dans cette combinaison qu’on offre le meilleur service. LĂ  oĂč on affichait 70% de online avant la crise, on est descendu aujourd’hui Ă  60% de online, ce partage est donc terriblement d’actualitĂ©. Et pour finir, on voit aussi que la crise a accentuĂ© le besoin d’écologie chez nos clients. »

BientÎt un contact fee en France ?

« Nous avons lancĂ© aux Etats-Unis un contact fee de 25$ pour tout contact entre nos clients et nos agents par mail ou par tĂ©lĂ©phone. Attention, il s’applique quand il n’y a pas de transaction, sinon c’est le transaction fee qui convient. Dans la plupart des contrats avec nos clients, tout Ă©tait inclus et ramenĂ© Ă  la transaction. Notre volume de transaction Ă©tait tel qu’on pouvait absorber les services annexes. On a aujourd’hui beaucoup moins de transaction, on a mĂȘme des clients avec lesquels on n’en a quasiment plus. Cette prestation va donc se gĂ©nĂ©raliser mais en dialogue avec nos clients. Elle sera proposĂ©e sur le marchĂ© français avant la fin de l’annĂ©e. Mais elle n’aura plus lieu d’ĂȘtre quand nous reviendrons Ă  une situation d’activitĂ© normale. »

Quel business model pour les TMC ?

« Les crises sont le moment de se poser les questions sur le pricing. Mais le bon modĂšle est celui qui correspond Ă  un besoin du client. Regardez le tĂ©lĂ©phone : on le payait Ă  la minute puis on est tous passĂ© au forfait, qui correspondait Ă  un vrai besoin, celui de maĂźtriser ses dĂ©penses. Dans un environnement avec de l’incertitude, le forfait permet cette maĂźtrise. Il faut qu’on ait le mĂȘme type de dialogue avec nos clients pour savoir comment leur demande Ă©volue, et quel modĂšle de pricing peut rĂ©pondre Ă  cette demande et Ă  nos exigences de rentabilitĂ©. J’ai la ferme conviction qu’un bon modĂšle de pricing rĂ©pond aux besoins des deux. On peut donc imaginer des modĂšles assez hybrides mĂ©langeant le forfait et le transaction fee. L’annĂ©e 2021 sera celle du dialogue avec nos clients et nous mettrons progressivement en place ce nouveau modĂšle client par client. »

Que deviennent les accords de private channel avec Air France ?*

« Pour nos clients pour l’instant, on reste sur l’accord qui avait Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©, donc pas de surcharge. La crise est une crise du secteur, on est tous dans la mĂȘme situation, tous les acteurs doivent se serrer les coudes, ce n’est pas le moment de se dĂ©chirer. »

Quid des nouveaux acteurs tels Tripactions ?

« On parle bien des mĂȘmes entreprises qui ont licenciĂ© 300 collaborateurs en quelques minutes sur Zoom ? C’est une maniĂšre d’ĂȘtre. Il y a en effet d’autres business models qui sont plus agressifs, ce n’est pas le nĂŽtre et pas notre culture. Chez Amex, on croit Ă  la TMC on-off, la crise a confirmĂ© ce modĂšle, on croit Ă  l’écologie, on assume notre diffĂ©rence et on croit que ce modĂšle va l’emporter. »

François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de l’AFTM

*Interview rĂ©alisĂ©e avant l’annonce d’un accord entre Amadeus et Air France qui prĂ©voit que les agences devront payer une surcharge de quelques euros pour accĂ©der au contenu NDC d’Air France-KLM.

Frédéric Gossot : « les prix vont inévitablement baisser »

Frédéric Gossot : « les prix vont inévitablement baisser »

Le directeur gĂ©nĂ©ral pour la France et le BĂ©nĂ©lux de Qatar Airways s’est prĂȘtĂ© Ă  l’exercice de l’interview pour ces deuxiĂšmes « Entretiens de l’AFTM ». Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes.
L’avenir du transport aĂ©rien
« C’est difficile d’ĂȘtre optimiste en ce moment, le transport aĂ©rien traverse une crise sans prĂ©cĂ©dent. Personne ne pouvait s’attendre Ă  une crise de cette ampleur, qui est terrible pour l’ensemble des compagnies aĂ©riennes. »
Qatar Airways pendant la crise
« Nous avons fait le choix fort de maintenir une trentaine de destinations au plus fort de la crise, dont Paris, et de mettre en place plus de 300 vols spéciaux. Cela nous a permis de rapatrier 1,8 million de passagers. »
Quel trafic aujourd’hui ?
« La part du trafic affaires est rĂ©duite mais pas nĂ©gligeable pour autant. On a dĂ©sormais 11 vols hebdomadaires au dĂ©part de Paris, on monte Ă  deux vols quotidiens en aoĂ»t et on retrouvera nos trois vols quotidiens en septembre. On fonde beaucoup d’espoir sur la rentrĂ©e car un certain nombre de pays lĂšvent les restrictions Ă  l’entrĂ©e et nos clients affaires n’attendent qu’une chose, reprendre l’avion pour signer des contrats, visiter un chantier  ».
Quid de Lyon ?
« Le lancement de la desserte lyonnaise Ă©tait prĂ©vu en juin, nous l’avons reportĂ© sine die. Les ventes Ă©taient extrĂȘmement encourageantes, la rĂ©gion de Lyon a un potentiel exceptionnel. Par ailleurs, nous avons suspendu la desserte de Nice mais l’objectif est de la reprendre dĂšs la fin octobre. »
Quels protocoles sanitaires
« Parmi les mesures les plus importantes, les clients sont invitĂ©s Ă  porter un masque et une visiĂšre, on leur fournit le matĂ©riel Ă  l’enregistrement s’ils n’en disposent pas. Et nous avons modifiĂ© la restauration Ă  bord en classe affaires : le plateau a remplacĂ© le service Ă  la carte. Mais aussi dĂ©sinfection totale des avions Ă  chaque escale, embarquement et dĂ©barquement cadencĂ©s
 Compte tenu des remplissages plus faibles, il n’y a pas de temps d’attente supplĂ©mentaire. »
A quels prix ?
« InĂ©vitablement les prix vont baisser car la demande est faible. C’est la logique du yield management. Et pour inciter les clients Ă  voyager, nous allons lancer des offres tarifaires intĂ©ressantes, comme c’est le cas depuis 15 jours et qui reçoivent un Ă©cho favorable de la part des clients. On espĂšre tous retrouver des niveaux tarifaires d’avant-crise mais je ne suis pas convaincu que les prix augmentent. »
A quelles conditions commerciales ?
« Nous avons eu dĂšs le dĂ©but de la crise une politique commerciale trĂšs souple qui a autorisĂ© les remboursements pour ne pas ajouter une crise Ă  la crise. On maintient cette politique de flexibilitĂ© pour des voyages jusqu’au 31 dĂ©cembre : en cas d’annulation, remboursement du billet ou avoir ou report sans frais. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de l’AFTM

Webinar aĂ©rien : ce qu’il faut en retenir !

Une vraie rĂ©ussite ! Le premier webinar de l’AFTM consacrĂ© aux avoirs et aux remboursements des billets d’avion annulĂ©s pendant la crise du Covid-19 a rĂ©uni plus de 170 participants. Pendant une heure, quatre intervenants ont rĂ©pondu aux questions de l’animateur François-Xavier Izenic et des participants : ValĂ©rie Sasset (BCD France), SĂ©bastien Guyot (Air France), Jamel Chandoul (Amadeus) et Claude LeliĂšvre (AFTM).

Sans recettes et avec dans les caisses 2 Ă  3 mois de trĂ©sorerie seulement, la plupart des compagnies aĂ©riennes affirment que le remboursement des billets des vols annulĂ©s aurait signifiĂ© leur mise en faillite immĂ©diate. Les estimations Ă©voquent le chiffre de 35 milliards de dollars de billets annulĂ©s dont 10 milliards en Europe et 500 millions d’euros en France.

En violation du rĂšglement europĂ©en 261/2004 qui leur impose, en cas d’annulation de vols, de proposer en premier choix le remboursement du billet dans un dĂ©lai de 7 jours, la majoritĂ© des compagnies aĂ©riennes ne propose que l’avoir. C’est le cas de prĂšs de 80% des compagnies opĂ©rant sur le marchĂ© français, dont Air France, selon l’UFC-Que Choisir qui les a mis en demeure de respecter leurs obligations.

Pour les entreprises, deux choix possibles :

  • accepter les avoirs, dans une logique de comprĂ©hension de la situation et de partenariat Ă  long terme (position dĂ©fendue par Claude LeliĂšvre pour les compagnies sous contrat) ;
  • exiger le remboursement en adressant directement un courrier Ă  la compagnie, sans aucune garantie de rĂ©sultat pour l’instant.

SĂ©bastien Guyot a toutefois prĂ©cisĂ© qu’Air France remboursait intĂ©gralement et automatiquement les billets « fully flex » (sans contraintes), qui reprĂ©sentent la moitiĂ© des billets vendus au marchĂ© corporate.

Concernant les avoirs d’Air France (ou EMD), ils seront :

  • valables 12 mois,
  • remboursables Ă  l’issue de cette pĂ©riode (Air France rĂ©flĂ©chit Ă  un mĂ©canisme automatique le plus simple possible espĂšre SĂ©bastien Guyot),
  • utilisables sur n’importe quel axe,
  • et, point capital, cessibles. En effet, ces EMD sont nominatifs et envoyĂ©s par mail au voyageur dont le billet a Ă©tĂ© annulĂ©. Si l’entreprise le souhaite, elle pourra donc en faire profiter un autre voyageur.

Mais pour ce faire, encore faut-il disposer d’un reporting prĂ©cis de ces EMD. Seul le GDS est capable de tracer ces EMD. En collaboration avec Amadeus notamment, ValĂ©rie Sasset a prĂ©cisĂ© que BCD Travel serait en mesure sous dix jours d’adresser un reporting rigoureux de ces bons d’achat Ă©lectronique Ă  ses clients. Elle a par ailleurs insistĂ© sur le travail considĂ©rable que ces EMD reprĂ©sentaient pour la TMC. Pour en illustrer la charge, Jamel Chandoul a rĂ©vĂ©lĂ© qu’il y avait aujourd’hui 2,5 millions d’actes d’aprĂšs-vente quotidiens contre 150 000 en temps normal (annulation, Ă©change
). Un enseignement de cette crise qui pourrait Ă  l’avenir favoriser l’adoption de NDC, capable a priori d’automatiser ces procĂ©dures. SĂ©bastien Guyot a par ailleurs ajoutĂ© que les PNR des billets annulĂ©s resteraient actifs sans doute jusqu’en juin 2021 afin de permettre Ă  la TMC d’y accĂ©der sans entraves.

En résumé, les EMD imposent aux entreprises 3 recommandations :

  • demander Ă  la TMC le reporting exact de ces documents Ă©lectroniques ;
  • les compagnies aĂ©riennes ayant chacune des conditions particuliĂšres, s’en informer prĂ©cisĂ©ment auprĂšs de la TMC ;
  • attention, le risque de faillite est rĂ©el pour de nombreuses compagnies et, dans ce cas-lĂ , les EMD ne seront jamais remboursĂ©s, le reporting prĂ©cis permet donc aussi d’évaluer son risque (cela ne vaut pas pour des compagnies telles Air France qui seront, quoiqu’il arrive, secourues par l’Etat).

Pour finir, a été évoquée la gestion de ces EMD une fois le trafic rouvert et reparti :

  • leur traitement nĂ©cessitera une forme de “triage inverse”, en donnant la prioritĂ© aux EMD dont la date d’expiration est la plus proche.
  • leur traitement ne pourra se faire online mais nĂ©cessitera une transaction offline. Donc des rĂ©percussions sur les coĂ»ts et les frais de transaction.
  • le stock d’EMD, s’il est suffisant, pourra servir de levier de nĂ©gociation avec la compagnie aĂ©rienne, celle-ci ayant bien sĂ»r intĂ©rĂȘt Ă  les voir utilisĂ©s sur ses lignes et non Ă  les rembourser.

 

François-Xavier Izenic

Les liens Internet évoqués par Jamel Chandoul (Amadeus) durant le webinar :
-> version FR : https://amadeus.com/fr/travel-channels-covid-19
-> version EN : https://amadeus.com/en/travel-channels-covid-19
-> concernant les “Airlines” : https://amadeus.com/fr/actualites/blog/covid-19-point-sur-la-situation-concernant-la-division-airlines