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Thierry de Bailleul : « La visio remplacera surtout des voyages courts »
Le vice-prĂ©sident des ventes Europe de Qatar Airways a rĂ©pondu Ă nos questions pour ces 7e Entretiens de lâAFTM. Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes.Â
Quel plan de vol au départ de Paris ?
« On a Ă©tĂ© la compagnie aĂ©rienne qui a le plus volĂ© depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie bien quâon ait rĂ©duit bien sĂ»r nos capacitĂ©s. On continue dâopĂ©rer au dĂ©part de Paris deux vols par jour. Si on voit la demande chuter, on rĂ©duira. Mais on veut respecter nos engagements, on nâest pas une compagnie qui annule ses vols en derniĂšre minute, ou trĂšs rarement. On tient Ă ce respect et Ă cette stabilitĂ© des programmes. »
Quel protocole sanitaire ?
« Nos procĂ©dures sanitaires ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©es avec la cinquiĂšme Ă©toile au classement Covid-19 de Skytrax. Il faut signaler aussi que le hub de Doha est devenu dans le mĂȘme temps le premier aĂ©roport Ă dĂ©crocher 5 Ă©toiles dans le classement Airport Security. Ce qui veut dire quâil y a une parfaite synergie entre lâaĂ©roport de Doha et Qatar Airways. On va plus loin que les autres compagnies : nos Ă©quipages revĂȘtent une combinaison qui permettent de limiter les contagions, les nettoyages cabines se font avec un robot qui passe dans les allĂ©es au moment de lâescale, son systĂšme dâultraviolet neutralisant virus et bactĂ©ries⊠RĂ©sultat : notre taux dâinfection Ă bord est de 0,018%, soit lâun des plus bas de lâindustrie. Vous ĂȘtes moins exposĂ© Ă lâintĂ©rieur dâun de nos avions que nulle part ailleurs. »Â
Quel certificat sanitaire ?
« Nous sommes la premiĂšre compagnie Ă utiliser la solution digitale Travel Pass de IATA. Elle lĂšve tous les dĂ©bats sur lâĂ©thique ou la protection des donnĂ©es car câest le voyageur lui-mĂȘme qui est maĂźtre de lâinformation. Quand vous le prĂ©sentez Ă lâenregistrement ou ailleurs, il y a juste une mention : « Ok to board ». Ce qui signifie que le passager a respectĂ© toutes les obligations du pays au dĂ©part et Ă lâarrivĂ©e. Lâapplication vĂ©rifie que toutes les cases sont cochĂ©es. »Â
Quelles conditions commerciales ?
« Il faut donner confiance, et donc maintenir les conditions commerciales. Tous nos billets sont entiĂšrement flexibles. Aucune contrainte de remboursement. En 2020, on a remboursĂ© 1,6 milliards dâeuros de billets, câest Ă©norme ! On ne rechigne pas. Et on espĂšre gagner la fidĂ©litĂ© des clients Ă travers tous ces gestes. »Â
Quelles actions pour le marché corporate ?
« Nos forces de vente sont sur le terrain. On a un certain nombre de contrats firmes quâon est en train de prolonger compte tenu de la situation. Bien sĂ»r la demande est plus faible, câest difficile de la stimuler mais on est lĂ . Il y a une opportunitĂ© pour les travel managers et les acheteurs : comme on est en pĂ©riode de restriction budgĂ©taire, je leur dis dâessayer le voyage en classe affaires via Doha et non en direct. Cela leur coĂ»tera 30 Ă 40% moins cher, avec un produit de qualitĂ©. »
Le vol avec escale, un risque ?
« Si lâaĂ©roport est parfaitement alignĂ© avec les procĂ©dures de la compagnie, vous avez une sorte de couloir sanitaire ultra protĂ©gĂ©, et câest le cas avec Doha. On peut ĂȘtre une compagnie indirecte et avoir les taux de contamination les plus bas du marchĂ©. »Â
Une guerre des prix à venir ?
« Si câest le cas, elle devrait dĂ©jĂ avoir eu lieu, or les prix ne sont pas passĂ©s sous un seuil dĂ©raisonnable. Les compagnies ont dĂ©jĂ perdu beaucoup dâargent. La demande se stimule aussi par la sĂ©curitĂ©, la qualitĂ© et le critĂšre environnemental. »
Le marché affaires : une baisse inéluctable ?
« Je suis sceptique sur cette prĂ©diction dâune chute du business travel. Il y a un moment oĂč il faut rencontrer les gens, ce nâest pas quâune affaire de prix ou de produit. Le business, ce nâest pas seulement la dimension froide de la relation mais aussi la dimension chaude, donc la relation humaine. Bien sĂ»r la visioconfĂ©rence remplacera des voyages mais surtout des voyages courts. »
Quelle place pour lâĂ©cologie ?
« Elle va ĂȘtre de plus en plus importante. Les travel managers y sont de plus en plus sensibles. Comment peuvent-ils sây retrouver ? En regardant la structure des flottes des compagnies, anciennes ou rĂ©centes, et en observant les organismes qui font des comparaisons entre compagnies. Qatar mise beaucoup sur les A350 (elle en a 53 et elle en a commandĂ© dâautres) qui sont les avions les plus Ă©conomes en carburant sur des trajets long-courriers. Ils ont en moyenne 2 ans et demi dâanciennetĂ©, or je rappelle que lâĂąge moyen de la flotte IATA se situe entre 12 et 14 ans. Un A380 câest deux fois plus de carburant Ă lâheure de vol quâun A350. Ce sont des choses qui peuvent guider. Les dix A380 de Qatar ne voleront pas tant que ce nâest pas justifiĂ©. Et il ne lâest plus Ă©conomiquement et dâun point de vue environnemental. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de lâAFTM
Comment conduire des appels dâoffres dans ce contexte instable ?Â
Câest un sujet trĂšs attendu auquel sâest attelĂ© lâAFTM dans son webinar du 17 dĂ©cembre dernier. Six intervenants ont rĂ©pondu aux questions de lâanimateur François-Xavier Izenic : Antoine Delesalle, directeur des ventes dâAmerican Express GBT, Emmanuel Ebray, directeur gĂ©nĂ©ral Europe de lâOuest de HRS, Guillaume Ridolfi, directeur du business development chez SAP Concur, Christophe Roth, directeur des missions business travel au sein du groupe Epsa, Jacques de VilleplĂ©e, directeur commercial de Sixt, et Bertrand Lacotte, directeur des achats indirects Groupe chez Capgemini, et membre du comitĂ© de dĂ©veloppement de lâAFTM.
Pourquoi mener aujourdâhui un appel dâoffres ?Â
Bertrand Lacotte : « La vie se poursuit et, en dĂ©pit de la crise du Covid, on doit continuer Ă faire notre mĂ©tier dâacheteurs. Il faut donc maintenir et renforcer la relation avec les fournisseurs pour savoir oĂč ils en sont, pour connaitre lâĂ©tat du marchĂ© et ses perspectives. Dans cette idĂ©e, on a rĂ©alisĂ© un appel dâoffres hĂŽtels car on a des contrats annuels et on a besoin dâavoir des prix pour 2021. Mais au-delĂ des prix, on veut ĂȘtre dans une logique du voyager moins mais mieux, avec notamment la rĂ©duction de notre empreinte carbone. Cet appel dâoffres est donc davantage un axe de discussion avec les fournisseurs pour savoir ce que lâon fait ensemble dans les 12 mois qui viennent. »Â
Christophe Roth : « Les fournisseurs accueillent favorablement les appels dâoffres car câest la continuitĂ© de la relation, lâoccasion de se mettre Ă jour sur un certain nombre de sujets. »
Antoine Delesalle : « Les entreprises sâinquiĂštent de la santĂ© financiĂšre du fournisseur : « je vais mâengager sur trois ans, mais est-ce que dans six mois ou un an, vous serez toujours lĂ Â ? » On a donc plutĂŽt des discussions constructives aujourdâhui pour savoir quelles sont nos contraintes, nos perspectives et les enjeux. Câest une recherche de comprĂ©hension des partenaires. »Â
Guillaume Ridolfi : « La question de la santĂ© financiĂšre du fournisseur est en effet devenue centrale : « comment vous inscrivez-vous dans un partenariat de longue durĂ©e ? » Mais aussi des questions sur lâĂ©co-systĂšme avec lequel on travaille, est-il solide, fiable et sâinscrit-il lui-mĂȘme dans la durĂ©e. »
Emmanuel Ebray : « Quand on est contact avec ces acheteurs, en France ou Ă lâinternational et quelle que soit la taille de leur programme, il y a de lâincertitude sur les mois Ă venir mais il y a la volontĂ© de maĂźtriser ce qui est maitrisable : les protocoles sanitaires, les coĂ»ts, mais aussi avoir plus de flexibilitĂ© dans la nĂ©gociation. »Â
Jacques de VilleplĂ©e : « On a Ă©tĂ© consultĂ© par des entreprises qui sont engagĂ©es sur plusieurs annĂ©es avec des concurrents. Ils sont venus nous voir en disant : « on a une crainte sur la soliditĂ© financiĂšre de notre partenaire, sur sa capacitĂ© Ă fournir la mĂȘme qualitĂ© de services, donc on vous consulte pour savoir si vous ĂȘtes capable de complĂ©ter lâoffre de services que nous avons pour nos collaborateurs. » Ce nâest donc pas un appel dâoffres en tant que tel avec un cahier des charges bien prĂ©cis, mais lâexpression dâun besoin prĂ©cis qui demande un accompagnement. » Â
Lâappel dâoffres sert-il nĂ©anmoins Ă nĂ©gocier de meilleurs tarifs ?
Bertrand Lacotte : « A de rares exceptions, tous les marchĂ©s penchent en faveur des acheteurs mais une Ă©conomie significative a dĂ©jĂ Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par la baisse drastique des volumes, ce ne sont donc pas les prix qui font aujourdâhui lâamĂ©lioration des coĂ»ts de lâentreprise. NĂ©gocier les meilleurs prix du monde appliquĂ©s Ă un volume faible voire nul, ça ne changerait rien. »Â
Christophe Roth : « Câest clairement un marchĂ© dâacheteurs, et la baisse de la demande a un impact sur les prix. Sur lâhĂŽtellerie, on a une baisse du tarif moyen de 20%, ce qui est consĂ©quent. Sur lâaĂ©rien aussi, on voit une baisse des tarifs. Concernant les agences de voyages, lĂ aussi on voit la nĂ©cessitĂ© de compenser des pertes de volumes, on observe donc beaucoup de compĂ©titivitĂ© dans les appels dâoffres menĂ©s depuis le mois de mars. Oui, il y a des opportunitĂ©s financiĂšres, on ne va pas se le cacher. »
MalgrĂ© le manque de visibilitĂ©, peut-on sâengager sur des volumes ?
Christophe Roth : « En moyenne sur lâannĂ©e 2020, lâactivitĂ© se situe entre 25 et 30% de celle de 2019. La reprise se profile au plus tĂŽt au deuxiĂšme semestre 2021, avec des niveaux de 40 Ă 50%. Et le retour aux volumes historiques ne devrait pas arriver avant 2023. Sur la base de ces chiffres, les clients veulent de moins en moins sâengager sur des volumes et du cĂŽtĂ© des fournisseurs, on veut de moins en moins sâengager sur des Ă©conomies. La clĂ©, câest de sâengager sur du long terme car la reprise sera lĂ Ă long terme. »
Bertrand Lacotte : « Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on ne sâengage jamais sur des volumes, mais notre taille nous le permet. Il faut sortir de cette approche un peu simpliste qui lie volume et rĂ©duction de prix. Et on le fait dâautant moins sur cette pĂ©riode dans laquelle on ne sait pas oĂč on va. Sur quoi peut-on jouer ? Sur la part de marchĂ©. Je peux ainsi mâengager sur une promesse de concentrer ma dĂ©pense et de choisir certains partenaires car je ne vais pas pouvoir alimenter tout le monde. Je peux aussi mâengager sur une promesse de redĂ©marrage. Quels sont mes atouts, au-delĂ des volumes, dans la phase de redĂ©marrage ? Le secteur bancaire et des services est identifiĂ© comme Ă©tant lâun des premiers Ă redĂ©marrer, on reprĂ©sente donc un intĂ©rĂȘt pour les fournisseurs. Notre objectif : devenir le client prĂ©fĂ©rĂ© de ces fournisseurs. »Â
Les fournisseurs ont-ils les ressources pour rĂ©pondre aux appels dâoffres ?
Antoine Delesalle : « Nous nâavons pas les moyens de rĂ©pondre Ă autant dâappels dâoffres que par le passĂ© car nous avons de lâactivitĂ© partielle. Sur 2020, il y a eu une recherche de compromis avec beaucoup dâentreprises pour Ă©tendre la durĂ©e de lâappel dâoffres, pour faire preuve de souplesse sur la fourniture de certains Ă©lĂ©ments. Il est important de prĂ©parer lâappel dâoffres avec les fournisseurs retenus bien en amont de lâappel dâoffres. Est-ce que vous allez ĂȘtre crĂ©ateur de valeur par rapport Ă mon besoin ? Quand on reçoit un appel dâoffres qui nâa pas Ă©tĂ© anticipĂ©, dans lequel la crĂ©ation de valeur nâest pas naturelle, la question de la sĂ©lectivitĂ© va alors se poser. »
Bertrand Lacotte : « De fait, avant de lancer un appel dâoffres, il faut du rĂ©pondant. Car il faut ĂȘtre deux pour mener une bataille vertueuse. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale on a eu du rĂ©pondant, notamment dans lâhĂŽtellerie. Mais si on avait lancĂ© un appel dâoffres aĂ©rien, je pense quâon aurait Ă©tĂ© confrontĂ© Ă peu ou pas de rĂ©pondant des compagnies aĂ©riennes qui ont fait face Ă des rĂ©ductions drastiques de personnel ou du travail partiel. »
Emmanuel Ebray : « On a un taux de rĂ©ponse de 92% des hĂŽtels pour nos clients. Cela dĂ©pend de la communication en amont qui est faite pour informer les chaines et les indĂ©pendants, et on a vu cette annĂ©e les acheteurs sâimpliquer davantage en faisant des vidĂ©os qui ont Ă©tĂ© visionnĂ©es par les hĂŽtels auditionnĂ©s pour expliquer la stratĂ©gie de lâentreprise, les volumes, les critĂšres clĂ©s, la volonté⊠Une implication qui a, en retour, mobilisĂ© les hĂŽtels. »  Â
Christophe Roth : « Quand on fait le parallĂšle entre les appels dâoffres aĂ©riens et hĂŽteliers, la rĂ©activitĂ© est beaucoup plus forte du cĂŽtĂ© des hĂŽteliers. Le chĂŽmage partiel au sein des compagnies aĂ©riennes y est encore plus massif quâailleurs. On a des dĂ©lais plus longs, des compagnies qui ont prĂ©fĂ©rĂ© Ă©tendre les tarifs plutĂŽt que de repartir sur de nouvelles bases, et câest finalement lâapproche privilĂ©giĂ©e par les entreprises : ne pas investir sur ces sujets, faire une extension sur 2021, et voir quand lâactivitĂ© reprendra. Mais pour Ă©viter des embouteillages Ă lâavenir, on commence Ă voir des appels dâoffres aĂ©riens. Les compagnies les acceptent volontiers, câest lâoccasion de renouer le contact. »
Guillaume Ridolfi : « On a fait le choix de ne pas rĂ©duire nos ressources pour rĂ©pondre aux appels dâoffres car on a lâĂ©norme chance dâavoir des capacitĂ©s financiĂšres qui nous permettent de maintenir lâemploi. Je nâai pas vu tant de « no go » Ă lâintĂ©rieur de notre Ă©cosystĂšme de partenaires lors dâappels dâoffres. Mais jâai vu des rĂ©ponses qui nâĂ©taient pas Ă la hauteur de lâenjeu. Il ne faut pas oublier quâon a beaucoup de nos confrĂšres qui sont en train de jouer leur survie et si vous ne rĂ©pondez pas Ă un appel dâoffres, vous limitez vos chances de passer cette crise et dâaborder dans les meilleures conditions possibles la reprise Ă venir. Mais parfois ils nâarrivent pas Ă rĂ©pondre de maniĂšre efficace car lâappel dâoffres nâa pas Ă©tĂ© construit en tenant compte du contexte. Un appel dâoffres trop complexe rend les choses trĂšs difficiles pour les fournisseurs. »
Jacques de VilleplĂ©e : « Il y a deux types de positionnement : soit on se replie sur soi et on attend que ça passe, soit on a une dynamique offensive. Câest ce que nous avons choisi. Et la notion de co-construction des appels dâoffres est capitale. » Â
Sur quels critĂšres sĂ©lectionner les fournisseurs Ă auditionner ?Â
Bertrand Lacotte : « Concernant les hĂŽtels, on est clairement passĂ© dâune logique de pĂ©nurie (on a dĂ» Ă©tendre le pĂ©rimĂštre car de nombreux hĂŽtels de proximitĂ© Ă©taient fermĂ©s) Ă une logique de rapprochement des points nĂ©vralgiques en choisissant des Ă©tablissements au plus proche de nos bureaux et de ceux de nos clients. On est davantage dans une logique de coĂ»ts complets : plus je suis proche de mes points nĂ©vralgiques, moins jâai besoin de transports terrestres complĂ©mentaires comme le taxi. La logique de sĂ©curitĂ© sanitaire pour nos employĂ©s nous conduit par ailleurs Ă nous rapprocher des chaines qui sont en mesure de nous rassurer sur leurs capacitĂ©s et sur la mise en Ćuvre des protocoles sanitaires stricts. Et enfin, notre politique voyages nous autorisant Ă utiliser des acteurs comme Airbnb car on a une population jeune, on rĂ©oriente nos employĂ©s vers des chaines traditionnelles pour des raisons sanitaires. »
Christophe Roth : « Dans lâaĂ©rien, on se concentre sur quelques routes stratĂ©giques pour le client, bien souvent ce sont des routes internationales ou alors des ajustements sur le domestique car les parts de marchĂ© ont Ă©tĂ© revues avec le train. Ce sont donc des ajustements Ă la marge et non une refonte complĂšte. »Â
Quelles Ă©volutions du contenu des appels dâoffres ?
Antoine Delesalle : « Cela fait des annĂ©es quâon parle de RSE dans le voyage mais elle fait dĂ©sormais partie des critĂšres de choix. Cela devient une norme, il faut donc avoir une rĂ©ponse fiable Ă apporter. DeuxiĂšme point : la roadmap. Allez-vous la tenir ? Quelle est la capacitĂ© des fournisseurs Ă dĂ©livrer rĂ©ellement la roadmap et les innovations quâils ont dĂ©cidĂ© par le passé ? TroisiĂšme point : on essaie de faire comprendre Ă nos clients que tout baser sur le transactionnel quand il nây a plus de transaction, ce nâest plus possible. Il nây a pas quâun modĂšle aujourdâhui, on essaie donc de mettre en place des modĂšles qui rĂ©pondent au besoin des entreprises et qui crĂ©ent de la valeur. »
Emmanuel Ebray : « La structure tarifaire change car les taux dâoccupation seront loin en 2021 dâĂȘtre au niveau de ceux de 2019. La LRA (derniĂšre chambre disponible) nâa plus de raison dâĂȘtre, plus besoin non plus de petits dĂ©jeuners ou alors sous une autre forme, en revanche besoin de flexibilitĂ© en termes dâannulation voire de parking. Donc on voit une Ă©volution du mix prix. Autre Ă©lĂ©ment : interrogation des acheteurs sur toutes les normes sanitaires, car il y eu beaucoup dâinitiatives diffĂ©rentes des hĂŽtels, cela a rendu les choses un peu complexes du point de vue des acheteurs. Enfin, les tarifs fixes sont la seule rĂ©ponse pour garantir de rester dans le budget. On peut ajouter dâautres types de tarifs, comme les tarifs dynamiques, pour optimiser tout ça mais la logique de purs tarifs dynamiques ne permet pas dâĂȘtre en contrĂŽle sur la dĂ©pense hĂŽtels. Donc un mix des deux mais avec la nĂ©cessitĂ© de garder des tarifs fixes sur les destinations principales. »Â
Guillaume Ridolfi : « La RSE devient un sujet central comme le duty of care, mais aujourdâhui, dans le contexte sanitaire que lâon connait, on nâa plus le choix que dâadresser ces deux sujets de maniĂšre industrielle et pĂ©renne. On a aussi beaucoup de questions autour du ROI, par exemple sur la rĂ©cupĂ©ration de la TVA. Et puis autre sujet fort : comment gĂ©rer le dĂ©confinement ? Comment mes partenaires vont-ils gĂ©rer eux-mĂȘmes le dĂ©confinement et mâaider dans ma dĂ©marche ? Comment je mâassure dâune bonne reprise de mes voyages avec la bonne stratĂ©gie, les bons outils et le bon accompagnement ? »
Jacques de VilleplĂ©e : « La RSE bien sĂ»r, le voyager mieux, la digitalisation, sont les sujets principaux. Je ne parlerais pas de tarifs dynamiques mais de collaboration dynamique. Prendre en compte la contrainte des deux partenaires peut ĂȘtre intĂ©ressant dans lâappel dâoffres. Dans le monde de la location de voitures, vous avez le fameux pic du mercredi, lâensemble de vos collaborateurs se dĂ©place trĂšs souvent le mardi et le mercredi, un peu moins le jeudi. Pour nous, câest compliquĂ© car nos voitures sont un peu moins utilisĂ©es le lundi, le jeudi et le vendredi. Comment pourrait-on mieux lisser lâoffre et la demande ? Cela nous permettrait de travailler sur une offre diffĂ©rente, avec un impact sur les prix et on serait sur du gagnant-gagnant. »
Compte tenu de lâabsence de visibilitĂ©, les contrats signĂ©s aujourdâhui seront-ils caducs demain ?Â
Bertrand Lacotte : « On voit bien lâaccĂ©lĂ©ration des rythmes, lâincertitude, on doit entrer dans des logiques dynamiques, la stabilitĂ© Ă long terme nâexistera plus. Les contrats ne changeront pas la rĂ©alitĂ©, câest la rĂ©alitĂ© qui doit se transcrire dans les contrats. Je ne serai pas surpris quâon ait un redĂ©marrage exceptionnel dans le voyage, et de fait les conditions ne seront pas caduques par dĂ©faut mais par excĂšs. Ce sont les bonnes nouvelles qui nous feront rediscuter ensemble ce quâon aura nĂ©gociĂ©. »
Christophe Roth : « Avec le fournisseur, on ne signe pas un contrat sur trois ou cinq ans sans se parler rĂ©guliĂšrement. Cela nĂ©cessite de faire des points sur lâactivitĂ©, il y a une flexibilitĂ© attendue car les volumes peuvent baisser Ă nouveau sâil y a une troisiĂšme vague, mais a contrario il peut y avoir un effet de rattrapage. On peut mettre des clauses de flexibilitĂ© dans les contrats mais le relationnel est le plus important. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de lâAFTM
Dimitri Tsygalnitzky : « 2021 sera lâannĂ©e du MaaS » Â
Le vice-prĂ©sident de Free Now For Business a rĂ©pondu Ă nos questions pour ces sixiĂšmes « Entretiens de lâAFTM ». Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes. Â
Quelle activité en 2020 ?
« On est Ă moins 40% depuis le dĂ©but de lâannĂ©e par rapport Ă lâannĂ©e derniĂšre car on est un peu moins dĂ©pendant que le reste de lâindustrie au voyage au sens large. Moins de 20% de nos courses en temps normal (5% aujourdâhui) concernent des trajets vers ou depuis les aĂ©roports ou gares. En revanche, le couvre-feu ne nous arrange pas, car 40% de nos courses sâeffectuent entre 21h et 6h du matin. »Â
Quels protocoles sanitaires ?Â
« Nous avons 25 000 chauffeurs sur la France, 20 000 ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s de vitres de protection. On limite les courses Ă 3 passagers maximum, donc pas de passager Ă lâavant, 3 passagers qui se connaissent bien sĂ»r. Je remarque que nous avons eu dâailleurs pas mal de nouveaux utilisateurs ces derniers mois, des habituĂ©s des transports publics qui ont Ă©tĂ© rassurĂ©s par nos mesures dâhygiĂšne. »Â
La crise a-t-elle impactée les prix ?
« Le prix de course moyen est normalement dâune vingtaine dâeuros, il tourne aujourdâhui autour de 17 euros. Je prĂ©cise que notre temps moyen dâattente est aujourdâhui de trois minutes, câest trĂšs positif. »
Quelles prévisions pour 2021 ?
« Il nây a que deux types de plan, les mauvais et les chanceux. Câest particuliĂšrement vrai en cette pĂ©riode. Mais on prĂ©voit nĂ©anmoins un dĂ©but dâannĂ©e trĂšs soft avant une accĂ©lĂ©ration au printemps. »
Pourquoi ce passage sous la banniÚre Free Now ?
« Nos deux actionnaires, BMW et Daimler, ont souhaitĂ© faire converger toutes les entitĂ©s au sein dâune mĂȘme application, Free Now, et dâune mĂȘme Ă©quipe. La France Ă©tait la derniĂšre Ă©tape, rĂ©alisĂ©e le 15 septembre dernier. »
Ce passage modifie-t-il lâoffre « affaires » ?Â
« Avec Free Now, on ajoute deux avantages : la couverture gĂ©ographique car on est prĂ©sent dans plus de 100 villes Ă travers 10 pays en Europe sur la mĂȘme application, et on double nos Ă©quipes de dĂ©veloppeurs, on va donc apporter plus de bĂ©nĂ©fices pour les voyageurs et les travel managers. Ce qui ne change pas pour nos 3500 entreprises clientes en France : des tarifs compĂ©titifs, un temps dâattente le plus rĂ©duit possible, la qualitĂ© de service. »
Free Now bientÎt racheté par Uber ?
« Ce qui est public, câest que Uber sâintĂ©resse au leader europĂ©en mais les deux actionnaires de Free Now ne sont pas alignĂ©s sur la marche Ă suivre. Ce que je peux dire, câest que câest un marchĂ© trĂšs compĂ©titif, Ă©valuĂ© Ă 300 milliards dâeuros (630 milliards dâeuros pour le marchĂ© aĂ©rien), forcĂ©ment tout le monde sâintĂ©resse Ă ce marchĂ© de la mobilitĂ©, et cela semble logique que plusieurs acteurs souhaitent se consolider sur ce marchĂ©. Je pense que Free Now va conforter ses positions dans les annĂ©es Ă venir, soit en rachetant un concurrent, soit en faisant une levĂ©e de fond, soit en sâassociant avec dâautres acteurs, soit en se faisant racheter. Mais Uber a dĂ©jĂ des parts de marchĂ© importantes et pourrait se retrouver en situation de monopole. Bref, je ne pense pas quâil se passe beaucoup de choses dans les 18 Ă 24 mois qui viennent. »
Des objectifs de rentabilitĂ© reportĂ©s Ă cause de la crise ?Â
« On passe dâun marchĂ© en recherche dâhyper-croissance Ă un marchĂ© en quĂȘte de rentabilitĂ©. Les investisseurs attendent dĂ©sormais un retour sur investissement et notre objectif est dâĂȘtre rentable dĂšs lâannĂ©e prochaine, en 2021. »
Quels changements à plus long terme le Covid a-t-il sur votre activité ?
« On a publié un livre blanc il y a quelques semaines, 3 tendances :
- Accentuation du duty of care. 46% des collaborateurs ne veulent plus prendre les transports en commun et un certain nombre de travel managers veulent interdire les transports publics.Â
- Convergence entre le fleet management et le travel management.Â
- Tout le monde est à la recherche de trésorerie, il faut donc offrir une flexibilité de paiement. »
Quelle stratĂ©gie sur le MaaS* ?Â
« La force du MaaS, câest de pouvoir comparer diffĂ©rents choix de mobilitĂ© en termes de prix, de temps de trajet et dâattente sur une mĂȘme interface. Le graal de tous les acteurs : pouvoir comparer et payer. Donc, pour un travel manager, il sâagira demain de gĂ©rer sa flotte automobile, son programme travel, le Pass Navigo des collaborateurs, leurs cartes essenceâŠ, dans des packs de mobilitĂ© par abonnement sur une mĂȘme application. Il reste encore du chemin Ă parcourir mais je suis persuadĂ© que 2021 sera lâannĂ©e du MaaS ! »
Quels enjeux écologiques ?
« Notre ambition est de rĂ©duire de 50% par passager/km notre empreinte carbone dans les 4 ans qui viennent. On veut une flotte Ă 50% Ă©lectrique dans les 4 ans et 100% dâici 2030 (aujourdâhui 10%).Â
On aimerait aussi proposer et promouvoir une alternative à la voiture pour 50% de nos trajets les plus courts, entre un et trois km. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de lâAFTM
*MaaS : acronyme signifiant mobility as a service, il sâagit dâune application mulmodale dâinformation et de paiement qui permet dâavoir accĂšs Ă tous les modes de transport dâun territoire en un seul clic.  Â
Julien Kauffmann : « Un nouveau business model client par client »
Le Pdg France dâAmerican Express GBT sâest prĂȘtĂ© Ă lâexercice de lâinterview pour ces troisiĂšmes « Entretiens de lâAFTM ». Voici quelques-unes de ces citations les plus marquantes.
Quelle reprise pour le voyage dâaffaires ?
« AprĂšs le confinement, il y a eu une reprise, on est passĂ© dâune activitĂ© quasi-nulle Ă 30 ou 40% de lâactivitĂ© de 2019. On anticipait avec le mois de septembre une deuxiĂšme progression, de 50 Ă 60%, câĂ©tait ce que nos clients nous disaient. Mais cette deuxiĂšme augmentation nâa pas lieu. On est restĂ© au mĂȘme niveau, 30 Ă 40%. »
Quelles entreprises voyagent ?
« Nous faisons face Ă une situation trĂšs contrastĂ©e selon les clients : certains ont redĂ©marrĂ© trĂšs vite alors que dâautres ne voyagent pas du tout. Lâentreprise qui voyage, câest la PME qui nâa pas dâautre choix que de se dĂ©placer pour faire du business, dâaller sur le terrain, de rencontrer ses clients. Câest le cas aussi du service public et de certaines grandes entreprises industrielles. Les clients qui ne voyagent pas sont plutĂŽt des entreprises trĂšs internationales ou ceux qui ont des difficultĂ©s financiĂšres. »
Quel avenir à court terme ?
« JusquâĂ la fin de lâannĂ©e, il ne faut pas sâattendre Ă une reprise plus forte quâactuellement, soit 30 Ă 40% de lâactivitĂ© 2019. Et en 2021, le scĂ©nario le plus plausible, câest une activitĂ© Ă 50% de celle de 2019, 60% au mieux. »
Est-ce le signe de changements plus profonds ?
« Je ne le crois pas. Certes la visioconfĂ©rence aura un rĂŽle plus affirmĂ© mais je pense que globalement on aura un retour Ă la situation antĂ©rieure. Ce ne seront peut-ĂȘtre pas les mĂȘmes personnes qui vont voyager, dans les mĂȘmes industries, dans les mĂȘmes conditions. Mais plus on avance dans la tĂ©lĂ©confĂ©rence et le tĂ©lĂ©travail, et plus on ressent le besoin de voyage de la part de nos clients. Le frein est aujourdâhui davantage au niveau de lâoffre. »
Les TMC pointées du doigt pour leur gestion de la crise ?
« Nous, on a gĂ©rĂ©. La prioritĂ© numĂ©ro un : la santĂ© de nos collaborateurs. Tous ont travaillĂ© Ă domicile. La deuxiĂšme priorité : la qualitĂ© de service, je suis intimement persuadĂ© quâon fait la diffĂ©rence dans ces pĂ©riodes de crise. On a assurĂ© la continuitĂ© de service et la maintenance sur la partie online. On a montrĂ© notre rĂŽle de valeur ajoutĂ©e. Et notamment dans la gestion des rapatriements, des annulations… On a eu certes une pĂ©riode difficile en juillet car lâactivitĂ© est revenue plus vite que nous le pensions, et on nâavait pas anticipĂ© que le nombre dâappels par transaction avait complĂštement changĂ©. Historiquement, on est Ă 0,8 appel par transaction, or on est passĂ© Ă 4 appels par transaction quand le confinement sâest arrĂȘtĂ©. On avait imaginĂ© une hausse bien sĂ»r mais pas celle-ci. On a donc eu une pĂ©riode de transition de 2 Ă 3 semaines et puis on a fait revenir les Ă©quipes Ă 50% sur lâensemble des clients et mĂȘme au-delĂ pour les clients qui ont repris davantage dâactivitĂ©. »
Quelles suppressions dâemploi ?
« Câest la troisiĂšme prioritĂ© quâon sâĂ©tait fixé : maintenir les Ă©quilibres financiers chez Amex GBT. Le choix quâon a fait est de sâadapter Ă chaque marchĂ© et Ă leur rythme de reprise. Et surtout il y a des mĂ©canismes dâaide aux entreprises qui sont trĂšs diffĂ©rents pays par pays. En France, on a eu la chance dâavoir un gouvernement qui trĂšs tĂŽt a mis en place des mesures de chĂŽmage partiel. AprĂšs câest un dialogue quâon doit avoir avec le gouvernement pour faire comprendre quâon est durablement impactĂ© et quâon a besoin dâĂȘtre accompagnĂ©. Et Ă©viter ainsi les licenciements. »
Un nouveau rĂŽle pour la TMCÂ ?
« La crise a accĂ©lĂ©rĂ© certaines tendances tel le rĂŽle de la TMC en tant que partenaire business des entreprises. On nâest pas lĂ uniquement pour faire des transactions mais pour accompagner les entreprises, rĂ©soudre leurs problĂšmes. On a pu le montrer pendant la crise. La dimension on-off a Ă©tĂ© renforcĂ©e, câest dans cette combinaison quâon offre le meilleur service. LĂ oĂč on affichait 70% de online avant la crise, on est descendu aujourdâhui Ă 60% de online, ce partage est donc terriblement dâactualitĂ©. Et pour finir, on voit aussi que la crise a accentuĂ© le besoin dâĂ©cologie chez nos clients. »
BientÎt un contact fee en France ?
« Nous avons lancĂ© aux Etats-Unis un contact fee de 25$ pour tout contact entre nos clients et nos agents par mail ou par tĂ©lĂ©phone. Attention, il sâapplique quand il nây a pas de transaction, sinon câest le transaction fee qui convient. Dans la plupart des contrats avec nos clients, tout Ă©tait inclus et ramenĂ© Ă la transaction. Notre volume de transaction Ă©tait tel quâon pouvait absorber les services annexes. On a aujourdâhui beaucoup moins de transaction, on a mĂȘme des clients avec lesquels on nâen a quasiment plus. Cette prestation va donc se gĂ©nĂ©raliser mais en dialogue avec nos clients. Elle sera proposĂ©e sur le marchĂ© français avant la fin de lâannĂ©e. Mais elle nâaura plus lieu dâĂȘtre quand nous reviendrons Ă une situation dâactivitĂ© normale. »
Quel business model pour les TMC ?
« Les crises sont le moment de se poser les questions sur le pricing. Mais le bon modĂšle est celui qui correspond Ă un besoin du client. Regardez le tĂ©lĂ©phone : on le payait Ă la minute puis on est tous passĂ© au forfait, qui correspondait Ă un vrai besoin, celui de maĂźtriser ses dĂ©penses. Dans un environnement avec de lâincertitude, le forfait permet cette maĂźtrise. Il faut quâon ait le mĂȘme type de dialogue avec nos clients pour savoir comment leur demande Ă©volue, et quel modĂšle de pricing peut rĂ©pondre Ă cette demande et Ă nos exigences de rentabilitĂ©. Jâai la ferme conviction quâun bon modĂšle de pricing rĂ©pond aux besoins des deux. On peut donc imaginer des modĂšles assez hybrides mĂ©langeant le forfait et le transaction fee. LâannĂ©e 2021 sera celle du dialogue avec nos clients et nous mettrons progressivement en place ce nouveau modĂšle client par client. »
Que deviennent les accords de private channel avec Air France ?*
« Pour nos clients pour lâinstant, on reste sur lâaccord qui avait Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©, donc pas de surcharge. La crise est une crise du secteur, on est tous dans la mĂȘme situation, tous les acteurs doivent se serrer les coudes, ce nâest pas le moment de se dĂ©chirer. »
Quid des nouveaux acteurs tels Tripactions ?
« On parle bien des mĂȘmes entreprises qui ont licenciĂ© 300 collaborateurs en quelques minutes sur Zoom ? Câest une maniĂšre dâĂȘtre. Il y a en effet dâautres business models qui sont plus agressifs, ce nâest pas le nĂŽtre et pas notre culture. Chez Amex, on croit Ă la TMC on-off, la crise a confirmĂ© ce modĂšle, on croit Ă lâĂ©cologie, on assume notre diffĂ©rence et on croit que ce modĂšle va lâemporter. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de lâAFTM
*Interview rĂ©alisĂ©e avant lâannonce dâun accord entre Amadeus et Air France qui prĂ©voit que les agences devront payer une surcharge de quelques euros pour accĂ©der au contenu NDC dâAir France-KLM.
Frédéric Gossot : « les prix vont inévitablement baisser »
Frédéric Gossot : « les prix vont inévitablement baisser »
Le directeur gĂ©nĂ©ral pour la France et le BĂ©nĂ©lux de Qatar Airways sâest prĂȘtĂ© Ă lâexercice de lâinterview pour ces deuxiĂšmes « Entretiens de lâAFTM ». Voici quelques-unes de ses citations les plus marquantes.
Lâavenir du transport aĂ©rien
« Câest difficile dâĂȘtre optimiste en ce moment, le transport aĂ©rien traverse une crise sans prĂ©cĂ©dent. Personne ne pouvait sâattendre Ă une crise de cette ampleur, qui est terrible pour lâensemble des compagnies aĂ©riennes. »
Qatar Airways pendant la crise
« Nous avons fait le choix fort de maintenir une trentaine de destinations au plus fort de la crise, dont Paris, et de mettre en place plus de 300 vols spéciaux. Cela nous a permis de rapatrier 1,8 million de passagers. »
Quel trafic aujourdâhui ?
« La part du trafic affaires est rĂ©duite mais pas nĂ©gligeable pour autant. On a dĂ©sormais 11 vols hebdomadaires au dĂ©part de Paris, on monte Ă deux vols quotidiens en aoĂ»t et on retrouvera nos trois vols quotidiens en septembre. On fonde beaucoup dâespoir sur la rentrĂ©e car un certain nombre de pays lĂšvent les restrictions Ă lâentrĂ©e et nos clients affaires nâattendent quâune chose, reprendre lâavion pour signer des contrats, visiter un chantierâŠÂ ».
Quid de Lyon ?
« Le lancement de la desserte lyonnaise Ă©tait prĂ©vu en juin, nous lâavons reportĂ© sine die. Les ventes Ă©taient extrĂȘmement encourageantes, la rĂ©gion de Lyon a un potentiel exceptionnel. Par ailleurs, nous avons suspendu la desserte de Nice mais lâobjectif est de la reprendre dĂšs la fin octobre. »
Quels protocoles sanitaires
« Parmi les mesures les plus importantes, les clients sont invitĂ©s Ă porter un masque et une visiĂšre, on leur fournit le matĂ©riel Ă lâenregistrement sâils nâen disposent pas. Et nous avons modifiĂ© la restauration Ă bord en classe affaires : le plateau a remplacĂ© le service Ă la carte. Mais aussi dĂ©sinfection totale des avions Ă chaque escale, embarquement et dĂ©barquement cadencĂ©s⊠Compte tenu des remplissages plus faibles, il nây a pas de temps dâattente supplĂ©mentaire. »
A quels prix ?
« InĂ©vitablement les prix vont baisser car la demande est faible. Câest la logique du yield management. Et pour inciter les clients Ă voyager, nous allons lancer des offres tarifaires intĂ©ressantes, comme câest le cas depuis 15 jours et qui reçoivent un Ă©cho favorable de la part des clients. On espĂšre tous retrouver des niveaux tarifaires dâavant-crise mais je ne suis pas convaincu que les prix augmentent. »
A quelles conditions commerciales ?
« Nous avons eu dĂšs le dĂ©but de la crise une politique commerciale trĂšs souple qui a autorisĂ© les remboursements pour ne pas ajouter une crise Ă la crise. On maintient cette politique de flexibilitĂ© pour des voyages jusquâau 31 dĂ©cembre : en cas dâannulation, remboursement du billet ou avoir ou report sans frais. »
François-Xavier Izenic, rĂ©dacteur associĂ© de lâAFTM
Webinar aĂ©rien : ce quâil faut en retenir !
Une vraie rĂ©ussite ! Le premier webinar de lâAFTM consacrĂ© aux avoirs et aux remboursements des billets dâavion annulĂ©s pendant la crise du Covid-19 a rĂ©uni plus de 170 participants. Pendant une heure, quatre intervenants ont rĂ©pondu aux questions de lâanimateur François-Xavier Izenic et des participants : ValĂ©rie Sasset (BCD France), SĂ©bastien Guyot (Air France), Jamel Chandoul (Amadeus) et Claude LeliĂšvre (AFTM).
Sans recettes et avec dans les caisses 2 Ă 3 mois de trĂ©sorerie seulement, la plupart des compagnies aĂ©riennes affirment que le remboursement des billets des vols annulĂ©s aurait signifiĂ© leur mise en faillite immĂ©diate. Les estimations Ă©voquent le chiffre de 35 milliards de dollars de billets annulĂ©s dont 10 milliards en Europe et 500 millions dâeuros en France.
En violation du rĂšglement europĂ©en 261/2004 qui leur impose, en cas dâannulation de vols, de proposer en premier choix le remboursement du billet dans un dĂ©lai de 7 jours, la majoritĂ© des compagnies aĂ©riennes ne propose que lâavoir. Câest le cas de prĂšs de 80% des compagnies opĂ©rant sur le marchĂ© français, dont Air France, selon lâUFC-Que Choisir qui les a mis en demeure de respecter leurs obligations.
Pour les entreprises, deux choix possibles :
- accepter les avoirs, dans une logique de compréhension de la situation et de partenariat à long terme (position défendue par Claude LeliÚvre pour les compagnies sous contrat) ;
- exiger le remboursement en adressant directement un courrier Ă la compagnie, sans aucune garantie de rĂ©sultat pour lâinstant.
SĂ©bastien Guyot a toutefois prĂ©cisĂ© quâAir France remboursait intĂ©gralement et automatiquement les billets « fully flex » (sans contraintes), qui reprĂ©sentent la moitiĂ© des billets vendus au marchĂ© corporate.
Concernant les avoirs dâAir France (ou EMD), ils seront :
- valables 12 mois,
- remboursables Ă lâissue de cette pĂ©riode (Air France rĂ©flĂ©chit Ă un mĂ©canisme automatique le plus simple possible espĂšre SĂ©bastien Guyot),
- utilisables sur nâimporte quel axe,
- et, point capital, cessibles. En effet, ces EMD sont nominatifs et envoyĂ©s par mail au voyageur dont le billet a Ă©tĂ© annulĂ©. Si lâentreprise le souhaite, elle pourra donc en faire profiter un autre voyageur.
Mais pour ce faire, encore faut-il disposer dâun reporting prĂ©cis de ces EMD. Seul le GDS est capable de tracer ces EMD. En collaboration avec Amadeus notamment, ValĂ©rie Sasset a prĂ©cisĂ© que BCD Travel serait en mesure sous dix jours dâadresser un reporting rigoureux de ces bons dâachat Ă©lectronique Ă ses clients. Elle a par ailleurs insistĂ© sur le travail considĂ©rable que ces EMD reprĂ©sentaient pour la TMC. Pour en illustrer la charge, Jamel Chandoul a rĂ©vĂ©lĂ© quâil y avait aujourdâhui 2,5 millions dâactes dâaprĂšs-vente quotidiens contre 150 000 en temps normal (annulation, Ă©changeâŠ). Un enseignement de cette crise qui pourrait Ă lâavenir favoriser lâadoption de NDC, capable a priori dâautomatiser ces procĂ©dures. SĂ©bastien Guyot a par ailleurs ajoutĂ© que les PNR des billets annulĂ©s resteraient actifs sans doute jusquâen juin 2021 afin de permettre Ă la TMC dây accĂ©der sans entraves.
En résumé, les EMD imposent aux entreprises 3 recommandations :
- demander à la TMC le reporting exact de ces documents électroniques ;
- les compagnies aĂ©riennes ayant chacune des conditions particuliĂšres, sâen informer prĂ©cisĂ©ment auprĂšs de la TMC ;
- attention, le risque de faillite est rĂ©el pour de nombreuses compagnies et, dans ce cas-lĂ , les EMD ne seront jamais remboursĂ©s, le reporting prĂ©cis permet donc aussi dâĂ©valuer son risque (cela ne vaut pas pour des compagnies telles Air France qui seront, quoiquâil arrive, secourues par lâEtat).
Pour finir, a été évoquée la gestion de ces EMD une fois le trafic rouvert et reparti :
- leur traitement nĂ©cessitera une forme de “triage inverse”, en donnant la prioritĂ© aux EMD dont la date d’expiration est la plus proche.
- leur traitement ne pourra se faire online mais nécessitera une transaction offline. Donc des répercussions sur les coûts et les frais de transaction.
- le stock dâEMD, sâil est suffisant, pourra servir de levier de nĂ©gociation avec la compagnie aĂ©rienne, celle-ci ayant bien sĂ»r intĂ©rĂȘt Ă les voir utilisĂ©s sur ses lignes et non Ă les rembourser.
François-Xavier Izenic
-> version FR : https://amadeus.com/fr/travel-channels-covid-19
-> version EN : https://amadeus.com/en/travel-channels-covid-19
-> concernant les “Airlines” : https://amadeus.com/fr/actualites/blog/covid-19-point-sur-la-situation-concernant-la-division-airlines
